L’ESPRIT DU MOT WITZ …

La relation du mot d’esprit au rêve et à l’inconscient

[ … ] De la comparaison qu’on établit entre le contenu manifeste du rêve qui se trouve remémoré et les pensées latentes du rêve qu’on a découvertes de cette manière, résulte le concept de “travail du rêve”. Par le terme de travail du rêve, on désignera la somme totale des processus de transformation qui ont opéré le passage des pensées latentes du rêve au rêve manifeste. Ainsi donc, c’est au travail du rêve que s’attache le sentiment d’étrangeté que le rêve avait suscité auparavant en nous.

COLETTE SOLER, L’OBJET a

« L’objet a, ses usages »

[ … ] Un pas de plus : l’objet a c’est ce qui manque, et tout ce qui ne manque pas, pour cause de discours, cherche à faire oublier. Dans le discours commun, dit discours du maître où le S1 ordonne la réalité aussi bien psychique que commune, le sujet est un sujet complété qui ne pense pas son manque, car le discours s’emploie au comblement de la béance. Sans cette opération de comblement, on ne comprendrait pas que l’universel de la castration ait pu être méconnu si massivement jusqu’à la psychanalyse. Et pas non plus que certains auteurs contemporains, pas plus bêtes que d’autres, brocardent le manque et tout au contraire croient être modernes en soutenant que désormais nous sommes dans ce qu’un film appelle The Land of plenty. Voyez un Sloterdijk et quelques autres dans la psychanalyse.

LA NÉGATION ( Texte intégral )

Non! Ça n’est pas ma mère. 

La façon dont nos patients présentent, au cours du travail analytique, leurs idées incidentes nous donne l’occasion de quelques observations intéressantes. «  Vous allez maintenant penser que je vais dire quelque chose d’offensant, mais je n’ai pas effectivement cette intention ». Nous comprenons que c’est le renvoi, par projection, d’une idée incidente qui vient juste d’émerger. Ou bien « vous demandez qui peut être cette personne dans le rêve. Ma mère, ce n’est pas elle ». Nous rectifions : donc c’est sa mère. Nous prenons pour nous la liberté, lors de l’interprétation, de faire abstraction de la négation, et d’extraire le pur contenu de l’idée incidente. C’est comme si le patient avait dit « certes c’est bien ma mère dont l’idée m’est venue à propos de cette personne, mais je n’ai aucun plaisir à donner crédit à cette idée incidente ». 

ABRACADABRA

Fast-attitude, vogue !..

Voici un extrait d’un texte de Freud à propos de la différence entre l’hypnothérapie et la psychanalyse. Son propos est sans équivoque, cependant je ne lance pas ici une simple « critique » vis-à-vis de nos fast-thérapeutiques mais plutôt une transmission éclairée et avertie puisqu ‘ expérimentée ; je peux aller consulter un hypnothérapeuthe, un confrère cognitivo-comportemental ou faire du lèche-vitrine pour me faire une sorte de bien ou me changer les idées, cela va sans dire et cela a sa fonction. Je veux juste y aller en connaissance de cause. Aussi, par « fast-thérapeutique », au-delà de l’hypnothérapie, il est à retrouver les thérapeutiques dites de consommation, naturellement très en vogue vous l’imaginer bien, comme lesdites TCC et autres recours à la pleine conscience, au chamanisme, au reiki etc. qui tendent à désengager le sujet de sa propre parole l’assénant, sans savoir ce qui se dit, d’être dans le « mental » . Personnellement, je ne crois pas au « mental ». Je crois au corps. Celui qui a le courage de s’engager véritablement * dans l’aventure analytique ne supporte pas longtemps être dénigré dans tous les efforts qu’il fait pour s’extraire de son état de survie permanent, d’une sorte de secte de non-existents conventionnée par les médias et les blablas ambiants des boucheurs de trous et non moins masqueurs de manques de tout bord. Du plein, du plein, toujours du plein. Si le jour ne se définit que de la nuit, le plein ne peut s’entendre que de son manque, à savoir une sorte de vide de soi. Etc.

Et maintenant, la parole est à Sigmund Freud. Nous sommes en 1922. 

La thérapeutique analytique

L’INTERPRÉTATION DES RÊVES – CHAPITRE VII (Extrait)

L’oubli des rêves 

Commençons par examiner une difficulté que nous avons négligée jusqu’à présent, et qui cependant pourrait sembler de nature à retirer tout fondement à nos tentatives d’interprétation. Nous avons vu plus d’une fois que nous ne connaissons pas du tout le rêve que nous voulions interpréter ; ou, plus exactement, que rien ne pouvait nous garantir que nous le connaissions tel qu’il a réellement eu lieu. Les souvenirs du rêve que nous étudions sont tout d’abord mutilés par l’infidélité de notre mémoire, qui paraît tout à fait incapable de conserver le rêve, et en laisse perdre peut-être précisément les éléments les plus intéressants. Lorsque nous voulons examiner un rêve de près, nous avons toujours le sentiment que nous avons rêvé beaucoup plus que le court fragment dont il nous souvient, et même ce fragment nous paraît incertain. De plus, tout semble indiquer que notre souvenir n’est pas seulement fragmentaire, mais infidèle et déformé. Peut-être le rêve n’a-t-il été ni aussi incohérent et indistinct que dans notre mémoire, ni aussi cohérent que dans notre récit ; il se peut fort bien qu’en essayant de le raconter nous comblions à l’aide de nouveau matériaux arbitrairement choisis les lacunes créées par l’oubli, que nous agrémentions, arrangions, accommodions le rêve ; si bien que tout jugement sur son véritable contenu est rendu impossible. Nous avons même trouvé chez un auteur (Spitta), une hypothèse d’après laquelle tout ordre, toute cohésion ne sont introduits dans le rêve qu’après coup, lorsqu’on essaie de se le remémorer. Nous sommes donc exposés au danger que l’on nous arrache des mains l’objet même dont nous avons entrepris de préciser la valeur.

[ … ] 

PIERRE REY

‘ La culture, c’est la mémoire de l’intelligence des autres.

Hormis quelques appareils digestifs exceptionnels, elle ne produit que de la culture, un discours sur un discours, à l’infini, qui se déploie dans les limites sans surprises du registres de la loi : la nier, la combattre ou la subir, dans tous les cas, c’est encore la reconnaître. Hegel, dont Sartre s’est largement inspiré, l’avait admis lui-même avec humilité en constatant que depuis vingt-quatre siècles les gains de la philosophie se bornaient à « des notes en index de Platon ».

Un index relève de la culture. Et la culture est continuité. 

La création, son contraire, est rupture.

TCHOANG-TSEU, LE RÊVE DU PAPILLON

‘ Quand Tchoang-tseu est réveillé, il peut se demander si ce n’est pas le papillon qui rêve qu’il est Tchoang-tseu. Il a raison d’ailleurs, et doublement, d’abord parce que c’est ce qui prouve qu’il n’est pas fou, il ne se prend pas pour absolument identique à Tchoang-tseu – et, deuxièmement, parce qu’il ne croit pas si bien dire. Effectivement, c’est quand il était papillon qu’il se saisissait à quelque racine de son identité – qu’il était, et qu’il est dans son essence, ce papillon qui se peint à ses propres couleurs – et c’est par là, en dernière racine, qu’il est Tchoang-tseu.

RÉSISTANCE À LA PSYCHANALYSE

Article écrit par Marianne Carabin à partir du texte de Sigmund Freud, Résistances à la psychanalyse, in Résultats, Idées, Problèmes II, 1925

« Ich befinde mich einen Moment lang in der interessanten Lage night zu wissen o b das was ich mitteilen will alls längst bekannt und selbstverständlich oder als völlig neu une befremdend verwertet werden soll. »

« Je me trouve pour un instant dans la situation intéressante de ne pas savoir si ce que je veux communiquer est connu de longue date et va de soi, ou bien si cette communication apparaîtra comme entièrement nouvelle, voire inquiétante. »
1915-1916, Nouvelles conférences à la psychanalyse

ALBERT EINSTEIN A SIGMUND FREUD

Pourquoi la guerre  ?

Lettre d’Einstein à Sigmund Freud

Correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud.

Il s’agit de la version éditée à l’initiative de l’Institut International de Coopération Intellectuelle 

Société des nations, en 1933.


Potsdam, le 30 juillet 1932.

Monsieur et Cher Ami,

Je suis heureux qu’en m’invitant à un libre échange de vues avec une personne de mon choix sur un sujet désigné à mon gré, la Société des Nations et son Institut international de Coopération Intellectuelle à Paris m’aient, en quelque sorte, donné l‘occasion précieuse de m’entretenir avec vous d’une question qui, en l’état présent les choses, m’apparaît comme la plus importante dans l’ordre de la civilisation : Existe-t-il un moyen d’affranchir les hommes de la menace de la guerre  ?