ASSOCIATION A CORPS PERDUS

THÉÂTRE & PSYCHANALYSE, A CORPS PERDUS

Théâtre et Psychanalyse
Qui sommes-nous ?

MARIANNE CARABIN

Les premières amours de Marianne Carabin s’axent sur les Sciences en exprimant notamment, avec son goût déjà prononcé pour la physique quantique, le désir de devenir « chercheur en mathématiques pures ». C’est la recherche qui la tient, l’envers du décor, la possibilité de créer des mondes toujours nouveaux. C’est cela la Science, ça ne s’arrête jamais. C’est ce qui lui parle. Elle ignore alors que la Science dont elle cause n’est autre que la question du désir. De l’objet cause du désir. Mais passons.
L’envers du décor donc. Elle le cherche, elle le trouve, en partie et entre autres, dans sa rencontre avec le théâtre. Bien qu’étudiant alors la Philosophie sur les bancs de Nanterre Université, elle passe pendant près de quinze ans la plupart de ses jours et de ses nuits sur les planches où elle fréquente les approches tant Stanislavskiennes que celles, avec l’Espace vide de Yoshi Oïda par exemple, de Peter Brook. Le corps est déjà là. Le corps est encore là. Tant au niveau cellulaire qu’au niveau des signifiants de l’Autre faisant marque. Cheminant, Marianne fait un détour par les milieux associatifs en lien avec les problématiques de dépendance et d’addictions qui la mène naturellement à s’orienter en psychiatrie lorsqu’elle reprend ses études, toujours à Paris X, mais cette fois-ci en Psychopathologie psychanalytique où elle va jusqu’en thèse. Nanterre université qui a vu professer l’illustre Didier Anzieu, mais surtout où elle rencontre Olivier Douville, lequel via ses travaux sur la mélancolie, la conduit jusqu’au 12 rue de Bourgogne dans le 7ème arrondissement de Paris où elle devient membre d’Espace Analytique, école de formation et de recherche psychanalytiques dans le champs freudien et lacanien.
Elle s’installe en libérale après avoir fait son temps en institution psychiatrique et garde pour fil rouge ce corps qui ne cesse de l’inspirer et qu’elle aime particulièrement retrouver au cœur du texte de 1925 intitulé par Freud La négation : « L’étude du jugement nous dévoile et nous fait pénétrer, peut-être pour la première fois, la façon dont s’engendre la fonction intellectuelle à partir du jeu des motions pulsionnelles primaires. »1
Aujourd’hui, Marianne Carabin, fidèle aux premiers émois dont on ne saurait se défaire, fondatrice de Théâtre et Psychanalyse, A Corps Perdus, non seulement retrouve ce goût pour le désir qui la tient, le désir qui la pousse, mais expérimente surtout la joie de le partager.

1. Freud, S., 1925, Résultats, idées, problèmes II, La négation, PUF, 2005, p.138

MARGOT FERRAFIAT-SEBBAN

Avec un parcours qui prend son appui dans l’Art, Margot Ferrafiat-Sebban dans ses jeunes années, se forme à l’histoire de l’Art et passe quelques années sur les bancs d’une école de dessin Strasbourgeoise. Parallèlement déjà en prise avec les mots, elle investit les cours de théâtre de petits conservatoires, puis à Paris, parmi les élèves de l’atelier de théâtre Blanche Salant et Paul Weaver. Elle débute dans les années 90 une carrière dans les métiers du dessin de mode et du dessin textile, rencontre Popy Moreni et d’autres acteurs de la mode dont l’esprit déluré et baroque l’ouvrent aux particularités des individus. Portée par ce désir tournée vers l’ « Autre » et une intime curiosité de comprendre comment ce désir s’inscrit dans l’Autre et en elle, elle entreprend des études de Psychologie, puis de Psychanalyse dans une faculté (Vincennes-Saint Denis) post soixante-huitarde renommée pour son esprit de liberté et empreinte de penseurs tels que ; Gilles Deleuze, Michel Foucault… Devenue membre d’Espace Analytique, école de formation et de recherche Psychanalytique dans le champ Freudien et Lacanien et après un passage dans le monde de l’entreprise, Margot Ferrafiat-Sebban ouvre son cabinet de Psychanalyste libéral. Toujours encline à en savoir un peu plus sur les mots, le langage et la fonction du désir, elle effectue une sorte de retour à son premier amour qu’est le théâtre en le liant au champ analytique.

SARAH MESGUICH, Membre d’Honneur

« La psychanalyse, une évidence.
Du plus loin qu’il m’en souvienne, théâtre, et analyse ont toujours été indémêlables. Enfant de la balle, comme on dit, fille d’une figure avant-gardiste du théâtre français, inspirée d’un Pierre Debauche et d’un Antoine Vitez, nourrie par Derrida, Lacan, Barthe et tant d’autres …. Entrainée par la force des choses au cœur-même d’un théâtre qui pense, bouscule, avance, interroge, c’est tout naturellement que j’ai été poussée très jeune à lire Freud. C’est même l’un des premiers auteurs que j’ai découvert en dehors du cursus scolaire.
Avec Clarisse Lispector et Kafka, Freud a incarné, en quelque sorte, ma liberté de choisir mes lectures et il n’y a pas de heureux hasards. Il s’agissait déjà d’interroger et de gagner mon propre désir et ma propre liberté. De mettre en résonnance les grands textes et leurs implications charnelle et inconsciente. J’avais quatorze ans.
C’est à 24 ans que j’ai commencé ma cure psychanalytique. Elle a émaillé ma vie d’actrice d’abord, puis de metteure en scène et aujourd’hui, je peux dire qu’elle est indissociable de mon travail théâtral. Un travail qui interroge les formes, les textes, les corps, les mots, les êtres.
Le plateau comme un espace mental où pourrait se déployer les rêves, les ombres et la lumière.
Aujourd’hui, tout en continuant ma cure, j’ai rencontré un aiguilleur d’esprit qui depuis plusieurs mois, chaque semaine me reçoit pour partager avec moi son expérience, son regard, sa connaissance. Une lucarne sur sa pratique qui fait tant écho à la mienne. Et de plus en plus je m’émerveille de cette faculté de mise en mots, de leurs détours, de leur magie, de leurs errances. Le processus analytique devenu comme constitutif de mon rapport au monde. »


L’ASSOCIATION

Théâtre & Psychanalyse, A Corps Perdus est un espace de parole portant sur les différents niveaux d’accès à l’inconscient que peut proposer la psychanalyse d’une part, mais également, dans une dimension autre, le théâtre.

A partir d’une sélection de pièces de théâtre, nous vous proposons une lecture à travers des textes que nous présentons sur le site de l’association. Par ailleurs, nous organisons des débats en présence des comédiens, metteur en scène et invités : écrivains, philosophes, psychanalystes etc. qui interviennent à la suite de représentations. Nous vous invitons alors à échanger ensemble à partir du spectacle proposé.

Théâtre & Psychanalyse
Présentation de l’association

Avec Freud, puis Lacan, le théâtre – notamment la tragédie classique – est un des points pivots de l’élaboration de la théorie psychanalytique, laquelle – il est de bon ton de le rappeler peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier – est entièrement tissée de l’expérience des éprouvés tels qu’ils peuvent être rapportés de manière singulière dans le cadre de la cure. La psychanalyse et le théâtre, dans leur élaboration de ce qui apparaît au cœur de la vie psychique, ont bien des choses à se dire. A nous dire. En effet, la vie psychique n’étant pas autre chose que l’expression du conflit inconscient qui se manifeste dans chacune de nos relations, la psychanalyse ne pouvait que prendre acte de la question théâtrale.
Dans le Séminaire VII, L’Etique de la psychanalyse en 1959/1960, Lacan met en relief un point d’achoppement entre la cure analytique et le théâtre. La tragédie, nous dit-il, serait à considérer comme la présentification, la mise en scène d’un bouleversement, d’une modification radicale. Cette radicalité qui fait trace devient par là même un repère historique dans la constitution du sujet.
En d’autres termes, la tragédie mettrait en lumière des éléments de structure psychique, éléments d’une certaine économie pulsionnelle. Ces éléments ne seraient accessibles que dans le cadre de la cure. De la tragédie au trauma constitutif, de la scène au divan, les signifiants de l’intime prennent corps pour nous mener à une créativité qui nous extrait de l’insoutenable.
L’année suivante, en 1960, dans Le Transfert, Lacan met en exergue la question du désir et du drame qu’il suscite ou dont il est issu. Peut on approcher l’un sans tenir compte de l’autre ? Les éléments d’une dramaturgie nous permettent d’interroger cette pierre angulaire non seulement de la psychanalyse et du théâtre mais surtout, mais aussi et avant tout, du vivant en mouvement, en relation. Du sujet. Le désir est interrogé sans cesse. De Sophocle à Claudel en passant par Shakespeare, le désir est disséqué dans le corps à corps du jeu mis en scène. A propos d’Hamlet, par exemple, Jones épingle pour nous l’impossible refoulement du désir parricide. « Hamlet refuse la réalité de refouler ses désirs meurtriers, il ne peut punir l’homme qui, lui, a osé les accomplir. »1

Retournons à Freud un instant et rappelons que, inspiré des théories scientifiques de son temps, il s’appuie sur la théorie du psychophysicien Gustav Theodor Fechner pour élaborer sa métaphore du rêve et de l’inconscient. « Si la scène de l’activité psychophysique devait être la même pendant le sommeil et pendant la veille, alors le rêve ne pourrait être, à mon avis, que la continuation de la vie de la représentation vigile. » 2 Ce qui nous intéresse ici c’est la notion d’un entre-deux. Un entre-deux qui serait une place, un lieu, une scène, une « platz » d’une part et d’autre part le regard, le fait de contempler, comme dans le rêve, « schauen ». Comme le rêveur, le spectateur semble être capté par une scène qui serait le reflet d’une scène antérieure. C’est une mémoire qui semble défiler, s’ouvrir devant nous. Une mémoire voilée sans quoi elle serait aveuglante. Le spectateur captivé par cette mémoire qui remet en scène l’inexorable scénario se retrouve projeté dans l’éternel présent du retour, constant et toujours impérieux, du refoulé. Retour de ce qui s’est joué dans le corps avec l’Autre inscrivant ainsi la trame du fantasme, la trame de notre espace scénique personnel. La scène théâtrale actualise donc, pour chacun, de manière singulière, atypique, ce qui reste du refoulement originaire. Ce reste est un reste en tant qu’objet perdu, par définition, à jamais. C’est ce « à jamais » qui situe l’objet d’emblée comme objet cause du désir, objet projeté, reconnu, par nous, sans le savoir pour autant, sur la scène du théâtre, dans la voie des comédiens, dans le drapé des costumes, dans la démarches de l’acteur, dans le projecteur, dans le phrasé qui porte le souffle de l’auteur, le souffle du metteur en scène. Dans l’accessoire enfin. C’est ici que le théâtre s’adresse à nous tous, chacun à un endroit singulier de notre corps, de notre histoire, de notre relation aux autres, de notre manière d’être au monde, dans le choix de notre sexualité, dans le fait de trouver la place structurale qu’on occupe dans ce monde symbolique régit par la différence des sexes.
Cet objet que J. Lacan appelle « objet petit a » s’accroche sur un Autre, idéalisé, qui en devient le support, le temps d’une heure parfois, mais qui reste empreint pour toujours de cet Autre.

Nous, psychanalystes, disons que le théâtre joue, avec l’inconscient, une mise en acte, en scène, en corps, de l’identification où le « Je-jeu » (Je du sujet barré inscrit dans le jeu des différentes scènes (psychique, théâtrale, entre-deux) s’écrit dans le semblant. Notre association, Théâtre & Psychanalyse, A Corps Perdus, a pour objet de saisir quelque chose de ce jeu et de ce qui, quelque part, pour nous spectateurs, accentue cette perte au lieu même où elle la remplit, à savoir dans le corps en tant qu’il n’est que la manifestation de notre rapport à l’Autre.

1. E. Jones, Hamlet et Oedipe, 1945, édition Gallimard, P. 188
2. Fechner Gustav Theodor cité par Freud, S., 1899-1900, Interprétation des rêves, Œuvres complètes, Paris, T. V, PUF, 2004, pp 78-79


ADHÉSIONS

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