SURMOI, MASOCHISME ET DÉPENDANCE AMOUREUSE

‘ J’ai vraiment un problème de confiance en moi ‘ 

Pour, peut-être donner l’envie à certains de lire, d’aller plus loin, plus profond, voici quelques lignes, très sommaires, à propos d’une des instances psychiques fondamentales élaborées par Freud et non moins, entre autre, constitutive du sujet. 

[ … ]  » Freud ne sépare pas plus sentiment d’infériorité et sentiment de culpabilité qu’il n’a voulu disjoindre Idéal du Moi et Surmoi. Le sentiment d’infériorité a cependant une consistance phénoménale propre : dans le registre de l’idéal, se sentir inférieur, c’est se sentir « pas à la hauteur ». Mais cette délimitation n’intéresse guère Freud qui propose de faire du sentiment d’infériorité le « complément érotique » du sentiment d’infériorité moral. L’idée de « complément érotique » rappelle la description inaugurale du narcissisme, complément érotique des pulsions d’autoconservation pour la constitution des pulsions du Moi. Faut-il entendre que le sentiment de culpabilité, prolongeant la perte d’amour des parents en conséquence d’une « faute », se ramènerait à un sentiment d’infériorité « pur » (moral) qui relèverait quasiment d’une menace sur l’autoconservation ? Ce serait là privilégier, dans le cadre du principe de réalité, la vertu effectivement protectrice des interdits parentaux, transposée dans la fonction normalisante du Surmoi. Du coup, le sentiment d’infériorité témoignerait d’un lien particulier à la corporéité, d’une incidence particulière de la sexualisation, plus volontiers maintenus sur le versant de l’idéal et de l’action qu’il prescrit ?

Le sentiment d’infériorité semble bien illustrer une problématique cruciale de l’idéal, celle par laquelle le Moi attend, exige de lui la même provende narcissique que celle attendue des parents. Cet amour tyrannique, érigeant l’obstacle ou le délai en blessure est comme le pendant (le complément?) de cette prédilection du Surmoi à ne tenir aucun compte des faiblesses du Moi et de l’importance des obstacles qu’il rencontre. Le Surmoi fonctionne, si l’on peut dire, à la culpabilité « objective », selon une logique totalitaire, c’est-à-dire dépourvue « d’objectivité ».

Le sentiment d’infériorité n’est pas sans refléter cet « irréalisme » et il contient la tendance subjective à objectiver le défaut, le manque qui permet de transformer le reproche (du Surmoi) en revendication (du Moi).

L’unicité implicite du sentiment de culpabilité et du sentiment d’infériorité est d’évoquer aussitôt, c’est-à-dire les registres divers du masochisme.

[ … ] Comme le Surmoi remonte lui-même à l’influence des parents, des éducateurs, etc., nous en apprenons plus sur sa signification si nous nous tournons vers ses sources. En règles générale, les parents et les autorités qui leur sont analogues suivent, dans l’éducation des enfants, les prescriptions de leur propre Surmoi. Quelle que soit la façon dont leur Moi a pu s’arranger de leur propre Surmoi, ils sont sévères et exigeants dans l’éducation de l’enfant. Ils ont oublié les difficultés de leur propre enfance, ils sont satisfaits de pouvoir à présent s’identifier pleinement à leurs propres parents, qui, en leur temps, leur ont imposé ces lourdes restrictions. C’est ainsi que le Surmoi de l’enfant ne s’édifie pas, en fait, d’après le modèle des parents, mais d’après le Surmoi parental ; il se remplit du même contenu, il devient porteur de la tradition, de toutes les valeurs à l’épreuve du temps qui se sont perpétuées de cette manière de génération en génération. [ … ] Par exemple, des parents (trop) doux n’en transmettront peut-être que mieux la sévérité de leur Surmoi inconscient, etc. C’est ainsi que Freud débouche sur l’évocation d’une sorte de Surmoi-germen, dépositaire de la tradition et des valeurs transgénérationnelles, fonctionnant comme une mémoire inconsciente de l’espèce et de son histoire.

[ … ] Jusqu’ici, l’instauration du Surmoi a été envisagée sous l’angle de la substitution à une dépendance externe d’une dépendance interne, support du conflit d’autonomisation du Moi. « 


Donnet, J.L., SURMOI I Le concept freudien et la règle fondamentale, Monographies de la revue française de psychanalyse, PUF, pp.34/41

Illustration, D. Murtagh, NYC

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