ZWEIG – FREUD

Correspondance

… A Zweig, Freud confie ce brevet de ressemblance : « Votre style est celui de l’observateur, de celui qui écoute et lutte de manière bienveillante et avec tendresse, afin d’avancer dans la compréhension de l’inquiétante immensité. »

De son côté, Zweig sera l’un des rares écrivains viennois, le seul peut-être, à discerner d’emblée le génie de Freud, à la proclamer et à la situer dans la lignée des Proust, Joyce et Lawrence. « J’appartiens, lui écrit-il, à cette génération d’esprits qui n’est redevable presque à personne autant qu’à vous en matière de connaissance. »

Au début du siècle, porter un jugement sur Freud n’était pas chose aisée : il n’était pas un écrivain, et pourtant il en avait tous les dons ; il n’était pas un scientifique, et pourtant il n’aurait renoncé pour rien au monde à son identité médicale ; il n’était pas un universitaire, et pourtant il était prêt à mendier la considération des Herren Professoren qu’il méprisait par ailleurs ; il n’était pas un philosophe, et pourtant il n’était pas concevable d’ignorer sa pensée. Il explorait un continent nouveau, l’inconscient, avec l’âme d’un aventurier, d’un « conquistador », et on prétendait le juger selon des critères traditionnels.

ESSAIS DE PSYCHANALYSE – FREUD SIGMUND

Psychologie des foules et analyse du moi (1921)

Dans les rapports dont il a été question, aux parents et aux frères et soeurs, à la bien-aimée, à l’ami, au professeur et au médecin, l’individu ne subit jamais que l’influence d’une seule personne ou d’un très petit nombre de personnes dont chacune a acquis une importance énorme. Or on est habitué, quand on parle de psychologie des foules, à faire abstraction de ces relations et à isoler, comme objet de la recherche, l’influence exercée simultanément sur l’individu par un grand nombre de personnes avec lesquelles il est lié de quelque manière, alors que, par ailleurs, elles peuvent bien à maints égards lui être étrangères.

AVEC LE PSYCHANALYSTE, L’HOMME SE RÉVEILLE

Le courage d’écrire

AVEC LE PSYCHANALYSTE, L’HOMME SE RÉVEILLE

« Qui n’a pas eu la chance de suivre les enseignements d’Olivier Grignon pourra découvrir, en lisant les textes de ses conférences ici réunies, le travail d’un psychanalyste soucieux de transmettre à ses auditoires une psychanalyse vivante, en mouvement, forgeant sa recherche en l’inscrivant systématiquement dans un permanent dialogue avec ses maîtres – Freud, Dolto, Lacan – et ses pairs.

Son incontestable talent réside en grande partie dans son effort permanent pour déplier ce qui, dans la théorie analytique, a tendance à s’ombiliquer pour devenir d’abord doctrine puis lettre morte. Olivier Grignon n’est pas en quête d’une théorie idéale et sophistiquée mais à la recherche de ce qui s’arrache de la clinique pour s’écrire et se dire conceptuellement.

LE ZEN DANS L’ART CHEVALERESQUE DU TIR À L’ARC

La psychanalyse ou l’art du Zen 

Un des caractères qui nous frappent le plus dans l’exercice du tir à l’arc, et de fait de tous les arts tels qu’on les étudie au Japon – et probablement aussi dans d’autres pays d’Extrême-Orient – c’est qu’on n’en attend pas des résultats simplement utilitaires ou des jouissances uniquement esthétiques, mais qu’on y voit un moyen de former le mental, et même de le mettre en contact avec la réalité ultime. Aussi le tireur à l’arc ne se propose-t-il pas seulement de toucher la cible ; l’escrimeur ne manie pas son épée uniquement pour triompher de son adversaire : le danseur ne danse pas simplement pour exécuter avec son corps certains mouvements rythmés. Il faut d’abord que le mental se mette au diapason de l’Inconscient. 

LE VISIBLE ET L’INVISIBLE

[ … ] ‘ Je suis incomparable, ma voix est liée à la masse de ma vie comme ne l’est la voix de personne. ‘

Elle n’est pas un lexique, elle ne s’intéresse pas aux « significations des mots », elle ne cherche pas un substitut verbal du monde que nous voyons, elle ne le transforme pas en chose dite, elle ne s’installe pas dans l’ordre du dit ou de l’écrit, comme le logicien dans l’énoncé, le poète dans la parole ou le musicien dans la musique. Ce sont les choses mêmes, du fond de leur silence, qu’elle veut conduire à l’expression. 

Qui est elle ? 

LE RÊVE NE CÈDE PAS

Intelligence du rêve 

L’image est un entrelacs de perceptions et de pensée [ … ] et par le récit que le rêveur s’en fera, ce monde onirique dont la capacité d’intelligence peut le sauver. [ … ] « Un rêve non déchiffré est comme une lettre qui vous est adressée et que vous n’ouvrez pas », dit le Talmud. Mais qui veut encore comprendre ses rêves ? [ … ] Il n’est pas possible de disposer du rêve, nous ne pouvons qu’être à leur écoute. Mais si cette écoute est réelle, elle est d’une puissance de réalisation incomparableCar avant que le corps tombe malade, avant que l’accident survienne, bref, avant qu’il soit trop tard, le rêve est là.

AUX AMATEURS DE GRANDS ESPRITS

Correspondance entre Stefan Sweig et Sigmund Freud

Préface (extrait)

Au début du siècle (dernier), porter un jugement sur Freud n’était pas chose aisée : il n’était pas un écrivain, et pourtant il en avait tous les dons ; il n’était pas un scientifique, et pourtant il n’aurait renoncé pour rien au monde à son identité médicale ; il n’était pas un universitaire, et pourtant il était prêt à mendier la considération des Herren Professoren qu’il méprisait par ailleurs ; il n’était pas un philosophe, et pourtant il n’était pas concevable d’ignorer sa pensée. Il explorait un continent nouveau, l’inconscient, avec l’âme d’un aventurier, d’un “conquistador”, et on prétendait le juger selon des critères traditionnels.

Ce qu’il y a de plus neuf dans la psychanalyse,

LA DÉFAITE DU SUJET

La société dépressive

La défaite du sujet

La souffrance psychique se manifeste aujourd’hui sous la forme de la dépression. Atteint dans son corps et son âme par cet étrange syndrome où se mêlent tristesse et apathie, recherche identitaire et culte de soi-même, l’homme dépressif ne croit plus à la validité d’aucune thérapie. Et pourtant, avant de rejeter tous les traitements, il cherche désespérément à vaincre le vide de son désir. Aussi passe-t-il de la psychanalyse (tant est qu’il soit possible de parler de psychanalyse lorsque l’on ne s’y attèle pas corps et âme) à la psychopharmacologie et de la psychothérapie à l’homéopathie sans prendre le temps de réfléchir à l’origine de son malheur (la mode est même au « surtout pas! » et autre « ça ne sert à rien ». La belle affaire). Il n’a du reste plus le temps de rien à mesure que s’allongent le temps de la vie et celui des loisirs, le temps du chômage et le temps de l’ennui. L’individu dépressif souffre d’autant plus des libertés acquises qu’il n’en sait plus l’usage.