RÉANIMATION

La conscience anesthésie là où les mots du rêve réaniment

 » Les paroles qui disent un rêve (…) informent de biais la conscience d’un processus vital que celle-ci semble ne pas vouloir prendre en compte. Tout se passe comme si le désir dont le rêve est le messager était traité en intrus. Comme à bord d’un navire en danger de naufrage, le temps pris par la conscience pour réaliser la gravité de la voie d’eau n’est pas à la mesure du risque. Il faut beaucoup de courage pour évaluer la situation et décider, contre toute « raison » de changer drastiquement de direction. Les sorties de dépression sont à ce prix : il faudrait avoir une très vive conscience du danger de devenir un zombie – ce que les médicaments et aujourd’hui la mode de la méditation compulsive, vous font perdre de vue – et commencer par entendre ce que disent les rêves.

LES MOTS DU CHOEUR

Antigone 

Et voilà. Maintenant, le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler tout seul. C’est cela qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien,
un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d’honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop que l’on se pose un soir…
C’est tout. Après, on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C’est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts,
et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences : le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence au commencement quand les deux amants sont nus l’un en face de l’autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur — et on dirait un film dont le son s’est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n’est qu’une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence…

C’est propre, la tragédie. C’est reposant, c’est sûr…

Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d’espoir, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. On aurait peut-être pu se sauver, le bon jeune homme aurait peut-être pu arriver à temps avec les gendarmes. Dans la tragédie, on est tranquille. D’abord, on est entre soi. On est tous innocents, en somme ! Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui tue et l’autre qui est tué. C’est une question de distribution. Et puis, surtout, c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, — pas à gémir, non, pas à se plaindre, — à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire.

Là, c’est gratuit. C’est pour les rois. Et il n’y a plus rien à tenter, enfin !

 

Le Chœur,


1944, Anouilh, J., Antigone

LA RACINE MÊME DE L’ART

Le réel c’est le discontinu 

J’étais parti de cette distinction par Lacan de deux pas chez Freux.

  1. Celui de l’inconscient structuré comme un langage, qui relève des effets du refoulement secondaire ; qui relève d’une sémiotique, qui relève d’effets de langage que Freud et Lacan nous ont appris à décrypter : métaphore, métonymie, condensation, déplacement, etc.
  2. Celui de l’automatisme de répétition découvert en 1920 par Freud, qui n’est ni plus, ni moins que ce que j’avais tenté de déplier dans Le corps des larmes* en essayant de donner un peu de substance à cette chose obscure que sont les premiers balbutiements de la naissance du jet : ce que j’appelais « être revenu sur ses pas » pour que l’on puisse reconnaître que là, on a déjà été une fois. C’est à dire qu’il y a un moment où quelque chose va compter pour Un : où il y a à reconnaître qu’on a déjà mis là ses pas, et qu’il y a un effet-sujet dans cette répétition inaugurale. C’est à la fois les effets de la marque – nous pouvons même dire la création de la marque, de la coche, en tant qu’elle crée du Un, et quelque chose du sujet qui advient par ce retour au même, au même lieu, au même, quelque chose qui permet de compter Un. C’est, par exemple, ce que l’homme préhistorique a peut-être fait quand il a tué avec sa massues le deuxième auroch. À ce moment, il a gravé sur sa massue un trait. Il a fallu qu’il en tue un deuxième pour qu’il puisse compter le premier, qu’il y a du 1, c’est-à-dire que ça se répète. Je ne sais comment vous transmettre ça autrement, nous sommes dans un tel balbutiement subjectif que les mots peuvent difficilement en rendre compte. Dans ce deuxième pas, l’automatisme de répétition, dans cette opération subjective, il y a quelque chose qui fait os. Et cet os, c’est l’écriture précisément.   

RAISON, PARTAGE TON ROYAUME, JE T’EN SUPPLIE

Le sens unique n’a rien à voir avec le vivant* 

Texte de JP Winter, in Choisir la psychanalyse, 2001, Points, pp. 90-94

( … ) La psychanalyse ferait-elle peur parce qu’elle apporte du nouveau ? Oui et non.

Oui, en ceci qu’elle crée un nouveau lien social ; la relation analyste/analysant, et un mode de penser totalement inédit ( A une condition près : que l’analysant joue le jeu du dispositif analytique en s’efforçant de dire tout ce qui lui vient à l’esprit **)

LE GÉNIE DU DÉTAIL

Chaque détail, dans un rêve, figure le rêve entier.

Apparait un petit enfant aux bottines rouges, tu t’étonnes qu’il soit laissé seul. Tu approches ta main pour le toucher. Tu es pieds nus maintenant, la ville s’ouvre sur une rivière sauvage. Il y a un oiseau rouge devant toi qui entre dans l’eau et disparaît à son tour.

Pourquoi rouge ?

LE JOUR OÙ J’AI PRIS LA DÉCISION D’ALLER CONSULTER ‘QUELQU’UN’

Qu’est ce qui nous amène un jour à consulter un psychanalyste ?

Je partage avec vous ici le premier épisode d’une série de quatre documentaires émis sur France Culture en Septembre 2016. 

‘ L’envie de se cacher dans un cabinet de psychanalyste et de comprendre enfin comment ça se passe, ce qui se passe, ce qui se dit et comment ça se dit. De savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. De savoir si ce psychanalyste est comme le mien, s’ils sont tous pareils ou si ce cabinet ressemble à celui qu’on a fréquenté. Et puis aussi on voudrait que l’analyste avoue. Est-ce qu’il souffre ? Est ce qu’elle compatit ? Est ce qu’il rêve ? Est ce qu’elle s’ennuie ? Est ce qu’il nous aime ? Et puis enfin surtout comment tout ça va finir ?

CHERCHER TOUJOURS A S’EN DETOURNER

A l’instar de quelque alphabet, tenons pour B.A BA que pour apprendre quoi que ce soit, il faille répéter l’apprentissage jusqu’à l’oublier. Tant que tu n’as pas oublié tu n’as rien appris. Encore faut-il le savoir.  

 

Autour du deuil : résumé 

 

L’un des deux axes majeurs de la vie psychique, présupposant le moi établi et l’objet fondé, s’occupe du traitement de l’excitation par des défenses intrapsychiques – dont l’excès produit les névroses -, et sous l’aiguillon de l’angoisse – dont l’excès constitue le traumatisme. L’autre axe, moins connu et qui nous retiens le plus, est fondateur du moi et de l’objet ; tout occupé du jeu entre l’intérieur et l’extérieur il utilise des défenses “combinées” – dont le déferlement mène à la psychose – sous l’aiguillon du deuil, dont le débordement mène à la mélancolie et l’évitement radical à la perversion. Au-delà des évènements flagrants, le deuil est compris comme un processus ; comme tout ce qui compte dans la psyché, les racines en sont profondes et précoces.

Le deuil originaire est donc l’épreuve première – et prolongée – par laquelle passe le moi pour découvrir l’objet ; en vertu d’un paradoxe fondateur, celui-ci est perdu avant que trouvé ; de même le Je ne se trouve qu’en acceptant de se perdre. Propulsé, entre autres poussées, par celle de la croissance, et à l’encontre de l’attraction centrifuge de la séduction narcissique, le deuil originaire ouvre au moi les capacités qui lui sont originellement promises, en particulier celle de faire des deuils ; la traversée du deuil originaire est en effet une des conditions majeures de la faisabilité de tout endeuillement.

Tout état dépressif sera un raté de deuil originaire

J’AI SOIF D’UN CHANGEMENT RADICAL

En analyse comme dans la vie, la volonté de maîtrise de soi (et des autres) est le principal obstacle au changement.

 

Certains psychanalystes le répètent : “Même après une analyse, on ne peut pas changer mais seulement ‘vivre avec’ qui l’on est.” En faites-vous partie ?

Jean-Bertrand Pontalis : Si je ne croyais pas au changement, je ne ferais pas ce métier