ZWEIG – FREUD

A l’opposé de Karl Kraus, on trouve Thomas Mann et Stefan Zweig. Ce que le premier appréciait le plus dans la psychanalyse, c’est qu’elle avait râpé la vie de sa grossière naïveté, qu’elle l’avait dépouillée de ça pathos qui est le propre de l’ignorance, bref qu’elle nous avait rendus plus subtils et plus modestes tout à la fois. Quant au second, il écrivait à Freud : « Laissez-moi pour une fois exprimer clairement ce que je vous dois, ce que beaucoup vous doivent – le courage dans la psychologie. Vous avez ôté leurs inhibitions à d’innombrables personnalités, comme à la littérature de toute une époque. Grâce à vous, nous voyons beaucoup de choses. Grâce à vous, nous disons beaucoup de choses qui, sinon, n’auraient été ni vues, ni dites. »

ESSAIS DE PSYCHANALYSE – FREUD SIGMUND

« On constate aisément combien l’individu en foule diffère de l’individu isolé ; mais d’une pareille différence les causes sont moins faciles à découvrir.
pour arriver à les entrevoir, il faut se rappeler d’abord cette observation de la psychologie moderne : que ce n’est pas seulement dans la vie organique, mais encore dans le fonctionnement de la parole que les phénomènes inconscients jouent un rôle prépondérant. La vie consciente de l’esprit ne représente qu’une très faible part auprès de sa vie inconsciente. ( … ) Nos actes conscients dérivent d’un substratum inconscient formé surtout d’influences héréditaires. Ce substratum renferme les innombrables résidus ancestraux qui constituent l’âme de la race. Derrière les causes avouées de nos actes, il y a sans doute les causes secrètes que nous n’avouons pas, mais derrière ces causes secrètes il y en a de beaucoup plus secrètes encore, puisque nous-mêmes les ignorons. La plupart de nos actions journalières sont l’effet de mobiles cachés qui nous échappent. »

SUPPOSÉ PARLANT ?

‘ La seule chose qui vous intéresse, et qui ne tombe pas à plat, qui ne soit pas simplement inepte comme information, c’est des choses qui ont l’apparence de symptômes, c’est-à-dire, en principe, des choses qui vous font signe, mais à quoi on ne comprend rien. C’est la seule chose sûre – il y a des chose qui vous font signe, à quoi on ne comprend rien. ‘

LES MOTS DU CHOEUR

Dans la tragédie, on est tranquille. D’abord, on est entre soi. On est tous innocents, en somme ! Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui tue et l’autre qui est tué. C’est une question de distribution. Et puis, surtout, c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, — pas à gémir, non, pas à se plaindre, — à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire.
Là, c’est gratuit.

LA RACINE MÊME DE L’ART

Avant même de savoir si c’est utile, il y a d’abord le fait que c’est bien difficile de s’y dérober parce que, si on s’intéresse et si on se lance dans la psychanalyse, c’est parce qu’on est mordu par un désir de savoir. Un désir de savoir de ce qui est le plus obscur mais aussi le plus passionnant. De tout temps, certains humains, pas tous, se sont passionnés pour les Mystères, les vrais, les grands mystères : l’origine, la sexualité, le rêve, etc. C’est pourquoi il me semblait légitimes de vous avoir lu ce passage de Le Clézio où on voit quelqu’un qui n’est pas psychanalyste mais écrivain, qui est clairement concerné, passionné par quelque chose dont j’ai essayé de vous montrer que c’est la racine même de l’art. Et ça intéresse directement le psychanalyste.

LA COMPULSION DE RÉPÉTITION

C’est ainsi qu’on connaît des personnes dont toutes les relations humaines vont vers la même issue : bienfaiteurs que leurs protégés, si différents soient-ils, abandonnent après quelque temps avec rancune, comme si’l leur était dévolu de boire l’ingratitude jusqu’à la lie ; hommes dont les amitiés s’achèvent par la trahison de l’ami ; ceux qui, de façon indéfiniment répétée, placent quelqu’un d’autre dans une position de grande autorité, soit pour eux seuls, soit aussi pour le public, et qui renversent renversent eux-mêmes cette autorité au bout d’un temps donné pour la remplacer par une autre ; amoureux dont chaque affaire de coeur avec les femmes traverse les mêmes phases et conduit à la même fin, etc. Cet « éternel retour du même » ne nous étonne guère lorsqu’il s’agit d’un comportement actif de l’intéressé et que nous découvrons dans sa nature un trait de caractère immuable qui ne peut que se manifester dans la répétition des mêmes expériences. Nous sommes bien plus fortement impressionnés par les cas où la personne semble vivre passivement quelque chose sur quoi elle n’a « aucune part » d’influence ; et pourtant elle ne fait que revivre toujours la répétition du même destin.

UNE ÉCUME DES JOURS

La pensée dite positive sera toujours et de tout temps en vogue car le quidam, vous comme moi, n’aura de cesse de s’y accrocher aussi longtemps qu’il le pourra. Aussi longtemps qu’il le pourra jusqu’à ce jour béni du retournement de situation qui ne manquera pas de faire évènement dans sa réalité psychique. C’est ainsi, dans le temps de la fin de la première guerre mondiale que Freud remet en question sa première topique fondée sur cette fameuse « pensée positive » pourrait-on dire plus connue aujourd’hui et alors des amateurs de la culture psychanalytique sous le terme de « principe de plaisir ».

I WOULD PREFER NOT TO

La situation sanitaire dans laquelle nous sommes entrés depuis le début de l’année 2020, et particulièrement au mois de Mars, nous soumet chacun à d’innombrables inconnus. Et particulièrement au pire – sûrement – des inconnus : nous-même(s).

La période de confinement qui est là, peut avoir des répercussion « cocotte-minute ». Maintenant ou plus tard. Dans quelques semaines, dans quelques mois. Quelques années ? ( Pour ceux qui auront échapper au virus ) PARLER à quelqu’un qui écoute permet bien plus que l’on ne peut ( encore de nos jours ) s’imaginer. La parole est un accès direct au corps, dans ses profondeurs les plus mystérieuses.