I WOULD PREFER NOT TO

La situation sanitaire dans laquelle nous sommes entrés depuis le début de l’année 2020, et particulièrement au mois de Mars, nous soumet chacun à d’innombrables inconnus. Et particulièrement au pire – sûrement – des inconnus : nous-même(s).

La période de confinement qui est là, peut avoir des répercussion « cocotte-minute ». Maintenant ou plus tard. Dans quelques semaines, dans quelques mois. Quelques années ? ( Pour ceux qui auront échapper au virus ) PARLER à quelqu’un qui écoute permet bien plus que l’on ne peut ( encore de nos jours ) s’imaginer. La parole est un accès direct au corps, dans ses profondeurs les plus mystérieuses.

RAISON, PARTAGE TON ROYAUME, JE T’EN SUPPLIE

« Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécilité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou de son père et coucherait avec sa mère. », ( Diderot, Neveu de Rameau )

LE GÉNIE DU DÉTAIL

Chaque détail, dans un rêve, figure le rêve entier. Tout élément qui le compose est à prendre en considération, surtout les fragments qui semblent ne se rapporter au scénario que de très loin. Ce qui apparait être le motif central du rêve n’est pas plus significatif que la couleur d’un « petit pan de mur jaune ». Les échelles de valeurs, d’urgence, de grandeur n’y sont pas respectées. Les informations les plus minimes, les chiffres donnés comme au hasard : tout est important.

LE JOUR OÙ J’AI PRIS LA DÉCISION D’ALLER CONSULTER ‘QUELQU’UN’

‘ L’envie de se cacher dans un cabinet de psychanalyste et de comprendre enfin comment ça se passe, ce qui se passe, ce qui se dit et comment ça se dit. De savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. De savoir si ce psychanalyste est comme le mien, s’ils sont tous pareils ou si ce cabinet ressemble à celui qu’on a fréquenté. Et puis aussi on voudrait que l’analyste avoue. Est-ce qu’il souffre ? Est ce qu’elle compatit ? Est ce qu’il rêve ? Est ce qu’elle s’ennuie ? Est ce qu’il nous aime ? Et puis enfin surtout comment tout ça va finir ?

CHERCHER TOUJOURS A S’EN DETOURNER

‘ Le deuil originaire est donc l’épreuve première – et prolongée – par laquelle passe le moi pour découvrir l’objet ; en vertu d’un paradoxe fondateur, celui-ci est perdu avant que trouvé ; de même le Je ne se trouve qu’en acceptant de se perdre. Propulsé, entre autres poussées, par celle de la croissance, et à l’encontre de l’attraction centrifuge de la séduction narcissique, le deuil originaire ouvre au moi les capacités qui lui sont originellement promises, en particulier celle de faire des deuils ; la traversée du deuil originaire est en effet une des conditions majeures de la faisabilité de tout endeuillement. ‘

J’AI SOIF D’UN CHANGEMENT RADICAL

La capacité à laisser aller sa parole, à la laisser divaguer, « délirer » au sens de « sortir des sillons », est beaucoup plus grande. Il y a aussi plus de facilité à ne pas vouloir tout maîtriser, à admettre de plus en plus une « pensée rêvante », et non pas toujours arrimée au réel. C’est à cela que l’on voit le changement intérieur, à cette aptitude à se laisser aller vers l’inconnu…

AVEC LE PSYCHANALYSTE, L’HOMME SE RÉVEILLE

[ … ] ‘ Si ça ne va pas, écris. Ecris ce que tu penses ; jusqu’au bout ( * jusque là où tu peux. Tu verras que tu ne peux pas beaucoup et cela t’étonnera de ne pouvoir dire par l’écrit que si peu. Des éclairs poétiques viendront à ta rescousse. Les tiens d’éclairs poétiques. Pas ceux des autres. Ils ne seront, ici, à cet instant d’aucun secours. Tu comprendras sans le savoir encore bien des choses et tu ne mourras pas tout à fait maintenant. Plus tard peut-être. Plus tard. Evidemment. Heureusement. ) Il faut y arriver pour que ce soit fini. Alors, si tu te retrouves vraiment, tu as franchi. Quand tu as tout écrit, tu n’es plus là-bas. C’est ça la mémoire. C’est un passage, un passage actif : se remémorer compte plus que les choses oubliées. Il faut que la merveille t’appelle, te réveille. Deux ou trois fois par nuit. Ou bien deux ou trois fois par semaine, chez son psychanalyste. Pendant des années. Je ne me rendormirai pas. Malgré la douleur de se lever. Dormir/écrire… et retomber dans les bras dit maternels du sommeil au terme de cette conjonction/disjonction. Le poinçion de l’acte d’écriture vous a poinçonné. D’où vient cette certitude (maladive?) que la guérison passe par là ? Pourtant, rien n’est changé : seulement dit – mais bien dit. Et écrit.Arrêté, en quelque sorte. Voilà. Une fois écrit, ce sera dit. ‘

Extrait p.125 ( * lequel n’est pas sans mon petit ajout )