TO BE IN READINESS

Je ne crois plus à ma neurotica, ce qui ne saurait être compris sans explication ; tu avais toi-même trouvé plausible ce que je t’avais dit. Je vais donc commencer par le commencement et t’exposer la façon dont se sont présentés les motifs de ne plus y croire. Il y eut d’abord les déceptions répétées que je subis lors de mes tentatives pour pousser mes analyses jusqu’à leur véritable achèvement, la fuite des gens dont le cas semblait le mieux se prêter à ce traitement, l’absence du succès total que j’escomptais et la possibilité de m’expliquer autrement, plus simplement, ces succès partiels, tout cela constituant un premier groupe de raisons. Puis, aussi la surprise de constater que, dans chacun des cas, il fallait accuser le père , et ceci sans exclure le mien, de perversion, la notion de la fréquence inattendue de l’hystérie où se retrouve chaque fois la même cause déterminante, alors qu’une telle généralisation des actes pervers commis envers des enfants semblait peu croyable. La perversion, en ce cas, devrait être infiniment plus fréquente que l’hystérie (qui en résulte) puisque cette maladie n’apparaît que lorsque des incidents se sont multipliés et qu’un facteur affaiblissant la défense est intervenu. En troisième lieu, la conviction qu’il n’existe dans l’inconscient aucun indice de réalité de telle sorte qu’il est impossible de distinguer l’une de l’autre la vérité et la fiction investie d’affect.

‘ FAY CE QUE VOUDRAS ‘

Certes, nous ne disons pas que le fait d’être entendus par des psychanalystes fait de ces jeunes des analysants au sens strict du terme, mais dans de nombreux suivis, nous sommes témoins de l’éclosion d’une parole pleine, de franchissements et de remaniements psychiques. Au sein même d’un dispositif contraignant qui, de fait, rend impossible la cure type se produisent parfois, de surcroît, les effets de cette écoute singulière qui induit la réappropriation par le sujet de son histoire. S’ouvre alors un horizon de parole nouveau dans lequel les traumatismes ne sont plus à la même place. (…) Venir deux fois par semaine au cabinet de son thérapeute n’est plus une contrainte mais désormais l’occasion de s’ouvrir à sa propre parole, de développer sa capacité de penser et de créer par conséquent des conditions de réalisation impensables auparavant et dont les résultats n’apparaissent souvent dans la réalité que bien après coup. Plus que jamais, la possibilité de penser ce qui la rend impossible est sans doute la forme la plus vivifiante que peut prendre la psychanalyse aujourd’hui.

MOUSTAFA SAFOUAN, 99 ANNÉES

« l’inconscient est structuré comme un langage », et souligne que, dès les premières années de son enseignement, Lacan chemine vers une conception de la psychanalyse comme savoir sans connaissance, où l’objet ne peut être saisi que par métaphore.

Psychanalyste, Moustafa Safouan est l’auteur de plusieurs ouvrages tous parus aux éditions du Seuil, notamment L’inconscient et son scribe (1982), Le transfert et le désir de l’analyste (1988), La parole ou la mort (1993)

ZWEIG – FREUD

A l’opposé de Karl Kraus, on trouve Thomas Mann et Stefan Zweig. Ce que le premier appréciait le plus dans la psychanalyse, c’est qu’elle avait râpé la vie de sa grossière naïveté, qu’elle l’avait dépouillée de ça pathos qui est le propre de l’ignorance, bref qu’elle nous avait rendus plus subtils et plus modestes tout à la fois. Quant au second, il écrivait à Freud : « Laissez-moi pour une fois exprimer clairement ce que je vous dois, ce que beaucoup vous doivent – le courage dans la psychologie. Vous avez ôté leurs inhibitions à d’innombrables personnalités, comme à la littérature de toute une époque. Grâce à vous, nous voyons beaucoup de choses. Grâce à vous, nous disons beaucoup de choses qui, sinon, n’auraient été ni vues, ni dites. »

ESSAIS DE PSYCHANALYSE – FREUD SIGMUND

« On constate aisément combien l’individu en foule diffère de l’individu isolé ; mais d’une pareille différence les causes sont moins faciles à découvrir.
pour arriver à les entrevoir, il faut se rappeler d’abord cette observation de la psychologie moderne : que ce n’est pas seulement dans la vie organique, mais encore dans le fonctionnement de la parole que les phénomènes inconscients jouent un rôle prépondérant. La vie consciente de l’esprit ne représente qu’une très faible part auprès de sa vie inconsciente. ( … ) Nos actes conscients dérivent d’un substratum inconscient formé surtout d’influences héréditaires. Ce substratum renferme les innombrables résidus ancestraux qui constituent l’âme de la race. Derrière les causes avouées de nos actes, il y a sans doute les causes secrètes que nous n’avouons pas, mais derrière ces causes secrètes il y en a de beaucoup plus secrètes encore, puisque nous-mêmes les ignorons. La plupart de nos actions journalières sont l’effet de mobiles cachés qui nous échappent. »

SUPPOSÉ PARLANT ?

‘ La seule chose qui vous intéresse, et qui ne tombe pas à plat, qui ne soit pas simplement inepte comme information, c’est des choses qui ont l’apparence de symptômes, c’est-à-dire, en principe, des choses qui vous font signe, mais à quoi on ne comprend rien. C’est la seule chose sûre – il y a des chose qui vous font signe, à quoi on ne comprend rien. ‘

LES MOTS DU CHOEUR

Dans la tragédie, on est tranquille. D’abord, on est entre soi. On est tous innocents, en somme ! Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui tue et l’autre qui est tué. C’est une question de distribution. Et puis, surtout, c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, — pas à gémir, non, pas à se plaindre, — à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire.
Là, c’est gratuit.