ILS TENDENT AU BONHEUR

Telle qu’elle nous est imposée, notre vie est trop lourde, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs. ( Cela ne va pas sans « échafaudages de secours », a dit Théodor Fontane. ) Ils sont peut-être de trois espèces : d’abord de fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose, puis des satisfactions substitutives qui l’amoindrissent ; enfin des stupéfiants qui nous y rendent insensibles. L’un ou l’autre de ces moyens nous est indispensable.

PAS UN MOT !

Vouloir le bien du sujet ne fait qu’augmenter le poids de cette oppression du surmoi ; l’instance parentale est devenue altérité sonorisée, la voix ayant transposé la réalité parentale en réalité psychique.

LE VISIBLE ET L’INVISIBLE

Elle n’est pas un lexique, elle ne s’intéresse pas aux « significations des mots », elle ne cherche pas un substitut verbal du monde que nous voyons, elle ne le transforme pas en chose dite, elle ne s’installe pas dans l’ordre du dit ou de l’écrit, comme le logicien dans l’énoncé, le poète dans la parole ou le musicien dans la musique. Ce sont les choses mêmes, du fond de leur silence, qu’elle veut conduire à l’expression.

LA POÉSIE, UN INSTRUMENT DE PENSÉES ET D’ÉCHANGES HUMAIN

On n’a pas idée devant le sujet souffrant, hein, d’être là, comme l’interlocuteur qui l’aide bien à souffrir, de façon qu’avec cette aide il cesse de devenir si perturbant. Alors, observez l’observateur ! Tous ces travaux, au niveau de la « simple » clinique, n’est-ce pas de la dénonciation… Je prendrais un exemple parce que c’est tellement difficile à expliquer ; on décrit un syndrome qu’on appelle maniaque dans le livre de psychiatrie et on dit qu’il y a de la causticité chez le malade. Il est caustique, le patient. Or, il suffit d’être pétri d’une certaine trempe, de devenir doué dans l’observation de l’observateur, pour savoir que le patient souffrant en question, il est très différemment caustique en fonction de qui il est en relation : qu’il est infiniment caustique à l’égard de celui qui ne le comprend pas. « La façon dont il m’interrogeait, j’en suis devenu fou furieux ! » Alors, arrivez au moins à savoir cela. Arrivez à démultiplier ses capacités d’écoute et d’échos.

LE RÊVE NE CÈDE PAS

si cette écoute est réelle, elle est d’une puissance de réalisation incomparable… Car avant que le corps tombe malade, avant que l’accident survienne, bref, avant qu’il soit trop tard, le rêve est là.

Il vous enseigne à s’avancer vers cette ligne de front où la guerre fait rage, surtout quand le conflit est dissimulé au revers d’une paix sur laquelle tout semble s’accorder. Car dans les replis cachés de la dépression blanche, dans l’insistance d’une fatigue dont rien ne vient à bout, ni repos ni somnifère, le rêve ne cède pas.

AVIGNON 2019 – JOURNAL DE BORD DE MONSIEUR WILLIAM MESGUICH

‘L’émotion qui me submerge quand un spectateur me prend dans ces bras, après Artaud-Passion parce qu’il est dévasté par la parole du poète de la cruauté, par cette pensée incandescente qui dérange nos consciences bien-pensantes. « Je veux un théâtre de sang par lequel chaque représentation transformera celui qui joue, celui qui voit jouer. Il faut mobiliser la peur et expulser la violence. Dire l’innommable, l’ineffable et montrer l’invisible » et moi aussi, je suis touché. Au plus profond de mon être par cette parole essentielle, par cette torsion poétique, par ces mots qui résonnent longtemps dans nos âmes par trop indifférentes au monde qui nous entoure. ‘
William Mesguich

AVEC LE PSYCHANALYSTE, L’HOMME SE RÉVEILLE

[ … ] ‘ Si ça ne va pas, écris. Ecris ce que tu penses ; jusqu’au bout ( * jusque là où tu peux. Tu verras que tu ne peux pas beaucoup et cela t’étonnera de ne pouvoir dire par l’écrit que si peu. Des éclairs poétiques viendront à ta rescousse. Les tiens d’éclairs poétiques. Pas ceux des autres. Ils ne seront, ici, à cet instant d’aucun secours. Tu comprendras sans le savoir encore bien des choses et tu ne mourras pas tout à fait maintenant. Plus tard peut-être. Plus tard. Evidemment. Heureusement. ) Il faut y arriver pour que ce soit fini. Alors, si tu te retrouves vraiment, tu as franchi. Quand tu as tout écrit, tu n’es plus là-bas. C’est ça la mémoire. C’est un passage, un passage actif : se remémorer compte plus que les choses oubliées. Il faut que la merveille t’appelle, te réveille. Deux ou trois fois par nuit. Ou bien deux ou trois fois par semaine, chez son psychanalyste. Pendant des années. Je ne me rendormirai pas. Malgré la douleur de se lever. Dormir/écrire… et retomber dans les bras dit maternels du sommeil au terme de cette conjonction/disjonction. Le poinçion de l’acte d’écriture vous a poinçonné. D’où vient cette certitude (maladive?) que la guérison passe par là ? Pourtant, rien n’est changé : seulement dit – mais bien dit. Et écrit.Arrêté, en quelque sorte. Voilà. Une fois écrit, ce sera dit. ‘

Extrait p.125 ( * lequel n’est pas sans mon petit ajout )

LE JOUR OÙ J’AI PRIS LA DÉCISION D’ALLER CONSULTER ‘QUELQU’UN’

‘ L’envie de se cacher dans un cabinet de psychanalyste et de comprendre enfin comment ça se passe, ce qui se passe, ce qui se dit et comment ça se dit. De savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. De savoir si ce psychanalyste est comme le mien, s’ils sont tous pareils ou si ce cabinet ressemble à celui qu’on a fréquenté. Et puis aussi on voudrait que l’analyste avoue. Est-ce qu’il souffre ? Est ce qu’elle compatit ? Est ce qu’il rêve ? Est ce qu’elle s’ennuie ? Est ce qu’il nous aime ? Et puis enfin surtout comment tout ça va finir ?

J’AI COMMENCÉ LA ROUTE, JE NE LE SAVAIS PAS, AU COEUR D’UN ÉTERNEL DÉSERT

Le psychanalyste est alors celui qui prend la main de quelqu’un pour l’accompagner et lui permettre d’apprendre de quoi est fait le rien, le noir, le sans-nom qu’il redoute tant ; peut-être alors est-il comme un chaman ou un Indien, celui qui sait lire dans les choses. Pouvoir faire confiance à quelqu’un qui sait faire ça n’a pas de prix, et ce n’est pas un travail d’apprendre les lois dans les livres, c’est un fruit de l’expérience. Je veux le dire avec force : il faut quand même bien comprendre sur quelle déchirure, sur quelle souffrance, sur quels renoncements repose le moindre concept lacanien.