DES PREUVES TANGIBLES

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« L’expérience analytique laisse ouverte la dimension tragique de l’existence à travers le déploiement de la parole libre des sujets qui s’engagent dans ce processus. Comme telle, cette traversée propose une pratique de la parole aux antipodes de la communication qui, elle, n’est que le reflet de notre société. »

R. Potier

 

THELEMYTHE DEPUIS 30 ANS – JEUDI 16 JANVIER 2020

THELEMYTHEJeudi 16 janvier 2020 • Association qui préserve la précieuse alliance entre les éducateurs et la psychanalyse en présence auprès des jeunes qui ne rigolent pas tous les jours,

RARE ET NÉCESSAIRE

A l’occasion de ses 30 ans, l’association Thélèmythe propose ici quelques regards sur son travail particulier. A l’origine, une idée simple : ouvrir un espace thérapeutique à des jeunes en grande difficulté qui ne demandent pas cet accompagnement. Autrement dit « donner à quelqu’un quelque chose dont il ne veut pas« , pour ceux qui savent d’où vient cette formulation. Les autres seront curieux et chercheront si tel est leur désir. Thélémythe s’appuie sur le conviction que les dimensions éducatives et thérapeutique peuvent aller de concert et que l’insertion de ces jeunes ne peut se faire qu’en empruntant des détours. Ces idées, toujours mises en oeuvre, sont restées directrices dans chaque nouveau projet. 

A suivre, un extrait de texte témoignant du travail d’implication que demande, que l’on soit le « jeune » ou que l’on soit le « vieux », tout désir de … vivre et qui plus est, peut-être bien, ensemble.

THELEMYTHE 2020 – PRIERE D’INSERER

LA POÉSIE, UN INSTRUMENT DE PENSÉES ET D’ÉCHANGES HUMAIN

La poésie ou l’antidote

Comment expliquez-vous qu’il existe toujours des cellules d’isolement aujourd’hui ?

Parce qu’ils ne nous écoutent pas !, parce que tout ce que nous disons tombent à côté de leur plaque. Ils continuent à fonctionner avec les modèles de pensées traditionnels qui sont des modèles pétris d’autoritarisme, de quelque volonté de domination de l’un par l’autre qui constituent des modèles qui sont des diverses variations de l’ordre ségrégatif de la pensée. De toute une pensée dominatrice.

On n’a pas idée devant le sujet souffrant, hein, d’être là, comme l’interlocuteur qui l’aide bien à souffrir, de façon qu’avec cette aide il cesse de devenir si perturbant. Alors, observez l’observateur ! Tous ces travaux, au niveau de la « simple » clinique, n’est-ce pas de la dénonciation… Je prendrais un exemple parce que c’est tellement difficile à expliquer ; on décrit un syndrome qu’on appelle maniaque dans le livre de psychiatrie et on dit qu’il y a de la causticité chez le malade. Il est caustique, le patient. Or, il suffit d’être pétri d’une certaine trempe, de devenir doué dans l’observation de l’observateur, pour savoir que le patient souffrant en question, il est très différemment caustique en fonction de qui il est en relation : qu’il est infiniment caustique à l’égard de celui qui ne le comprend pas. « La façon dont il m’interrogeait, j’en suis devenu fou furieux ! » Alors, arrivez au moins à savoir cela. Arrivez à démultiplier ses capacités d’écoute et d’échos.

C’est en ce sens que, vous me demandez qui je suis, je suis quelqu’un qui a profondément milité pour donner droit à la vision poétique du monde, parce que la vision poétique du monde c’est celle qui permet d’amplifier la perception des échos et le jeu des harmoniques. Mais ça, ça ne leur va pas. Pour eux la poésie c’est un divertissement littéraire, c’est pas un instrument de pensée et d’échanges humains. Alors voilà ce qui nous sépare profondément de ces gens où il y a là un malentendu dont il est absurde de dire que ce malentendu est fatal.

Lucien Bonnafé dans un pavillon de Ville Evrard, Extrait d’un travail documentaire de Paule Mauxel et Bertrand de Solliers 

AVIGNON 2019 – JOURNAL DE BORD DE MONSIEUR WILLIAM MESGUICH

Ici, à cette heure, quasi en direct, vous trouverez une perle. Le travail et l’approche théâtrale de William Mesguich aura toujours eu résonance à mon non-sens, et c’est bien là qu’il sonne. Avec la grande amabilité de son aval, vous pourrez lire ses mots tout juste sortis de sa plume. 

Et nous les relirons. Un des offices de nos mots partagés, souvent, est celui du refuge. Alors, cher William, un grand merci à vous. Et bonne lecture à chacun de nos autres. 

MC

A MA FILLE

6 mai 1908

 

Ma chère Mathilde,

Ce que tu m’as écrit ne m’a pas complètement pris au dépourvu. J’attendais, bien sûr, que tu prennes toi-même la parole. Car j’avais confiance en toi, et je crois que tu n’as pas trompé cette confiance. Si tu es contente de toi, je peux l’être aussi.

Je ne peux que te donner quelques conseils et attirer ton attention sur quelques précautions. Tu sais peut-être qu’aimer doit s’apprendre, comme tout le reste. Il est donc difficile d’éviter, ce faisant, des erreurs ;

LE SYMPTÔME AUJOURD’HUI

Voici le verbatim de l’intervention de Madame Catherine Vanier au colloque d’Espace Analytique, « Clinique psychanalytique du symptôme » *

Tristan, 7 ans 

Je vais essayer à propos de symptôme et de modernité de vous parler très brièvement d’une famille que j’ai reçue il y a très peu de temps, que je viens de recevoir. Un petit garçon, appelons-le Tristan, il a 7 ans et il vient pour un premier rendez-vous accompagné de ses parents pour des troubles du sommeil apparus récemment : endormissement difficile et tardif, nuits agitées, réveils occasionnés par des cauchemars, qui certaines nuits peuvent se répéter toutes les heures, et qui se terminent à chaque fois dans le lit des parents. « Il vient toujours de mon côté » précise la mère « parce que, moi, je suis la seule à pouvoir le rassurer. » Certains matins, Tristan, épuisé, n’arrive même plus à aller en classe. La directrice de l’école conseille à la famille de consulter. Les voilà donc venus, m’expliquer qu’il fallait de toute urgence trouver une solution pour résoudre ce problème, ce problème récent auquel ils n’étaient pas habitués, au plus vite. D’ailleurs toute la famille est à bout, y compris Agathe. Les parents me parlent beaucoup d’Agathe, la grande soeur de 9 ans qui avait d’ailleurs dit récemment que si son frère continuait à réveiller la nuit, c’était pas compliqué, elle quitterait la maison. Ce qui a beaucoup paniqué les parents. Le père me dit « Tout doit rentrer dans l’ordre. Faites quelque chose et surtout, surtout, surtout qu’on n’en parle plus ! »

Mais justement, ça tombait mal, puisque moi ce que je leur proposais c’était de me parler de Tristan.