L’IMPASSE DU MIROIR

Le symptôme, une parole bâillonnée

 

‘ Lacan souligne que c’est l’Imaginaire qui apparaît en premier lieu dans la pratique analytique, surtout lorsqu’on oublie que toute la cure est d’abord et avant tout une expérience de parole.

L’Imaginaire désigne ce qui relève de la relation en miroir. On y retrouve donc tout ce qui se rapporte à la rivalité comme à la comparaison, à l’admiration ou la critique. Tout ce qui est de l’ordre de la captation, de l’illusion, des modes de satisfaction est d’emblée appréhendé dans le registre de l’Imaginaire. Lacan fait référence à l’éthologie animale, qui va de la parade au combat, pour illustrer ce qu’est proprement l’Imaginaire, avec la fonction de signe donné à voir à l’autre. La sexualité est éminemment tributaire de ce registre.

Or, ces éléments imaginaires peuvent avoir une dimension symbolique, et c’est dans ce registre qu’il faut les repérer pour pouvoir les analyser. En effet, ce qui est imaginaire ne ce confond pas avec ce qui est analysable. Sur ce plan, Freud en a fourni l’exemple manifeste avec le rêve, dont les images doivent être lues comme un rébus pour pouvoir être déchiffrées, comme il le démontre au chapitre VI de l’Interprétation des rêves. Si on s’arrête à leur valeur d’images, si on se laisse capter par elles, on ne peut les analyser. Il faut donc en dire quelque chose pour sortir de l’écran.

La dimension symbolique doit être prise en compte car ce qui est en jeu est la « structure même du langage ». En conséquence, le symptôme se voit définit comme une parole bâillonnée qu’il s’agit de délivrer.
Cette référence à la parole paraît s’imposer comme une nécessité, provenant de l’avancée des travaux de Lacan et des impasses qu’il rencontre. En effet, la seule relation à l’imaginaire, c’est-à-dire le rapport du sujet à son image dans le miroir qu’est son semblable, conduit à une difficulté propre de la dimension narcissique. Cette capture conduit à une situation mortifère du type : ou l’un ou l’autre.

La parole est constitutive de la réalité elle-même 

POUR QUE LE LIEN SOCIAL SOIT SIMPLEMENT POSSIBLE, à savoir la possibilité de vivre ensemble, il faut concevoir un autre terme, qui ne laisse pas le sujet dans une relation strictement en miroir à un semblable. C’est ce qui, dans le mythe, arrive à Narcisse qui se noyant pour rejoindre sa propre image indique assez la limite du modèle.

Cet élément médiateur, cette dimension tierce, qui sort le sujet de l’impasse imaginaire, c’est LA PAROLE et LE LANGAGE.

La parole, affirme Lacan dès Juillet 1953, a une fonction de médiation, et cette médiation « change les deux partenaires en présence« . Mais la parole n’est pas simplement une émission sonore ; c’est quelque chose qui va au-delà, c’est une « action » comme par exemple la parole donnée. Cette parole est ce qui « permet entre deux hommes de transcender la relation agressive fondamentale au mirage du semblable« , et de plus, cette parole devient CONSTITUTIVE DE  » LA RÉALITÉ ELLE-MÊME  » .


Lacan par Vanier Alain, p. 20 ~ Les belles lettres

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