LA CRÉATION D’UN IDÉAL

On est en 1914, Freud est en plein work in progress dirions-nous aujourd’hui …

S’estimer c’est se mesurer à ce qui fait, pour nous, figure de référence 

Nous avons appris que des motions pulsionnelles subissent le destin du refoulement pathogène ; lorsqu’elles viennent en conflit avec les représentations culturelles et éthiques de l’individu. Par cette condition, nous n’entendons jamais que la personne a de l’existence de ces représentations une simple connaissance intellectuelle, mais toujours qu’elle les reconnaît comme faisant autorité pour elle, qu’elle se soumet aux exigences qui en découlent. Le refoulement, avons-nous dit, provient du moi ; nous pourrions préciser : de l’estime de soi ( Selbstachtung ) qu’a le moi. Les mêmes impressions, expériences, impulsions, motions de désir auxquels tel homme laisse libre cours en lui ou que du moins il élabore consciemment, sont repoussées par tel autre avec la plus grande indignation, ou sont déjà étouffées avant d’avoir pu devenir conscientes. Mais la différence entre les deux sujets, qui contient la condition du refoulement, peut s’exprimer facilement en termes qui permettent de la soumettre à la théorie de la libido. Nous pouvons dire que l’un a établi en lui un idéal auquel il mesure son moi actuel, tandis que chez l’autre une telle formation d’idéal est absente. La formation d’idéal serait du côté du moi la condition du refoulement.

FREUD, LA FINESSE D’UN ACTE MANQUÉ – 1935

Résultats, idées, problèmes II

Je prépare un cadeau d’anniversaire pour une amie, une petite gemme à faire sertir sur un anneau. Sur un carton, au centre duquel j’ai fixé la petite pierre, j’écris : «  Bon pour un anneau d’or que l’horloger-bijoutier L. confectionnera … pour la pierre ci-jointe sur laquelle est gravé un bateau avec voiles et rames. » Or, à la place ci-dessus laissée vide entre « confectionnera » et « pour », il y avait un mot que je fus obligé de rayer, car il était totalement étranger au contexte : le petit mot « bis ». Pourquoi donc l’ai-je écrit ?

En lisant ce court texte, je suis frappé par le fait qu’on y trouve à peu de distance deux fois la préposition « pour ». « Bon pour un anneau – pour la pierre jointe. » Cela sonne mal et devrait être évité. J’ai alors l’impression que l’introduction de « bis » au lieu de « pour » tentait d’éviter la maladresse stylistique. C’est sans doute vrai. Mais cette tentative emploie des moyens particulièrement insuffisants. La préposition « bis » est tout à fait inadéquate à cet endroit et ne peut remplacer le « pour » qui est absolument nécessaire. Pourquoi donc précisément ce « bis » ?

ILS TENDENT AU BONHEUR

‘ Rien n’est plus difficile à supporter qu’une série de beaux jours ** ‘, ? 

[ … ] ‘ La parole bien connue d’un de nos grands poètes et sages à la fois nous vient aussitôt à l’esprit. Elle définit ainsi les rapports que la religion entretient avec l’art et la science :

Celui qui possède la science et l’art

Possède aussi la religion

Celui qui ne les possède pas tous les deux

Puisse-t-il avoir la religion ! *

‘ ORDONNÉ, ÉCONOME ET ENTÊTÉ ‘

Comme il se trouve que les remarques sur l’érotisme anal du nourrisson contenues dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité ont particulièrement choqué les lecteurs obtus, je me permets ici d’insérer une observation que je dois à un patient très intelligent : « Une personne de ma connaissance qui a lu l’essai sur la Théorie de la sexualité, parlant du livre, l’admet complètement si ce n’est un seul passage ; bien que par ailleurs, naturellement, elle approuve et comprenne ce passage pour ce qui est du contenu, il lui a paru si grotesque et si comique qu’elle en est tombée assise et a ri pendant un quart d’heure. Ce passage est le suivant : « Un des meilleurs présages d’une bizarrerie de caractère ou d’une nervosité ultérieure est qu’un nourrisson se refuse obstinément à vider son intestin lorsqu’on l’a mis sur le pot, c’est-à-dire lorsque cela plaît à la personne chargée de s’occuper de lui, mais qu’il réserve cette fonction pour son propre bon plaisir. Naturellement, peu lui importe de salir son lit ; son seul souci est de ne pas laisser échapper le gain de plaisir supplémentaire lors de la défécation.  » La représentation de ce nourrisson assis sur le pot et qui se demande s’il doit laisser se produire une telle limitation de son libre-arbitre personnel, qui en outre, se soucie de ne pas laisser échapper le gain de plaisir accompagnant la défécation a suscité chez mon ami une folle gaieté. – Quelque vingt minutes plus tard, pendant le goûter, il lance soudain, sans aucun préambule :  » Tiens, en voyant devant moi le cacao, il me vient une idée que j’ai toujours eue étant enfant. Je me représentais alors toujours que j’étais le fabricant de cacao Van Houten (il prononçait Van Hauten), que je possédais un secret formidable pour la fabrication de ce cacao, et que tout le monde s’efforçait de m’arracher ce secret devant faire le bonheur du monde, secret que je gardais jalousement. Pourquoi je suis tombé justement sur Van Houten, je n’en sais rien. Vraisemblablement c’est sa réclame qui m’a le plus influencé. » En riant, et, à vrai dire, sans encore relier cela à une intention plus profonde, je pensai : Wann haut’n die Mutter ? (Quand les mères donnent-elles la fessée ?). Ce n’est qu’un moment plus tard que je m’aperçus que mon jeu de mots contenait, en fait, la clé de la totalité de ce souvenir d’enfance ayant émergé soudainement, souvenir que je saisis alors comme un exemple éclatant de fantasme-écran : ce fantasme au moyen de la conservation de l’état de fait proprement dit (processus de la nutrition) et sur la base d’association phonétiques (Kakao, Wann haut’n- ) apaisait la conscience de culpabilité par une transmutation complète du contenu mnésique. (Translation d’arrière en avant, la nourriture dont on se défait devient la nourriture qu’on prend, le contenu honteux et qu’il faut cacher se transforme en secret devant faire le bonheur du monde.) Ce qui m’intéressa c’est la manière dont à la suite d’une défense, qui, certes, prenait la forme plus douce d’une protestation formelle, le sujet fut involontairement atteint, un quart d’heure plus tard, par la preuve la plus décisive, fournie par son propre inconscient. « 

Note de bas de page

PRINCIPE DE PLAISIR ?

Freud nomme maintenant la troisième instance, seulement évoquée au début de cet article : les forces hostiles viennent du Surmoi. Ce qu’il en dit est beaucoup plus resserré qu’en 1923. Le Surmoi, c’est la partie liée à la pulsion de mort ; il n’est donc qu’une petite partie de quelque chose de beaucoup plus vaste que nous ne connaissons pas, et d’assez insaisissable : la pulsion de mort, qu’à vrai dire nous ne saisissons que dans le Surmoi qui en fait psychiquement une liaison.

Un pont est donc établi entre la question du père et la pulsion de mort, puisque le Surmoi était défini comme l’intériorisation des exigences et interdits paternels.

L’ESPRIT DU MOT WITZ …

La relation du mot d’esprit au rêve et à l’inconscient

[ … ] De la comparaison qu’on établit entre le contenu manifeste du rêve qui se trouve remémoré et les pensées latentes du rêve qu’on a découvertes de cette manière, résulte le concept de “travail du rêve”. Par le terme de travail du rêve, on désignera la somme totale des processus de transformation qui ont opéré le passage des pensées latentes du rêve au rêve manifeste. Ainsi donc, c’est au travail du rêve que s’attache le sentiment d’étrangeté que le rêve avait suscité auparavant en nous.

LA CENSURE ET LE RÊVE

Le rôle de la censure dans le rêve

Pour Freud, le motif principal de la déformation du rêve provient de la censure. Il rappelle qu’il s’agit d’une instance particulière, située à la frontière entre conscient et inconscient, qui laisse passer uniquement ce qui lui est agréable et retient le reste : ce qui se trouve alors écarté par la censure se trouve à l’état de refoulement et constitue le refoulé. Dans certains états comme le sommeil, la censure subit un relâchement, de sorte que le refoulé peut surgir dans la conscience sous forme de rêve. Mais comme la censure n’est pas totalement supprimée, même dans le rêve, le refoulé devra subir des modifications pour ne pas heurter la censure, ce qui conduit à la formation de compromis. Le processus de refoulement, suivi d’un relâchement de la censure et de la formation de compromis, n’est pas particulier au rêve, il se produit dans un grand nombre de situations psychopathologiques où l’on retrouve l’action de la condensation et du déplacement.

Par ailleurs, du fait de l’irruption des désirs inconscients non censurés qui peuvent réveiller le dormeur, il s’ensuit qu’un rêve réussi constitue aussi un accomplissement du désir de dormir. C’est pourquoi Freud considère que la fonction du rêve est aussi celle d’être le gardien du sommeil : “ Le rêve est le gardien du sommeil, et non son perturbateur.”

LA NÉGATION ( Texte intégral )

Non! Ça n’est pas ma mère. 

La façon dont nos patients présentent, au cours du travail analytique, leurs idées incidentes nous donne l’occasion de quelques observations intéressantes. «  Vous allez maintenant penser que je vais dire quelque chose d’offensant, mais je n’ai pas effectivement cette intention ». Nous comprenons que c’est le renvoi, par projection, d’une idée incidente qui vient juste d’émerger. Ou bien « vous demandez qui peut être cette personne dans le rêve. Ma mère, ce n’est pas elle ». Nous rectifions : donc c’est sa mère. Nous prenons pour nous la liberté, lors de l’interprétation, de faire abstraction de la négation, et d’extraire le pur contenu de l’idée incidente. C’est comme si le patient avait dit « certes c’est bien ma mère dont l’idée m’est venue à propos de cette personne, mais je n’ai aucun plaisir à donner crédit à cette idée incidente ».