FAIRE PAYER

On sait que pour qu’une analyse ait des effets il faut que la personne qui est en analyse ne soit pas inféodée elle-même à une institution protectrice, ie qu’elle y mette du sien, qu’il y ait un risque et que ce soit payé par elle. C’est à dire peu importe le prix, l’important c’est que ce ne soit pas pris en charge par quelqu’un d’autre.

Dans le cas de figure où le travail que l’on entreprend dans le cadre de l’analyse est pris en charge par un autre que soi-même, on ne peut, non seulement, plus être en mesure de s’extraire, de s’extirper des assignations à résidences aux postures qui ont eu leur temps dans notre enfance – et qui, si elles ne sont pas prises à la racine, ne font que nous étouffer  dans nos propres espaces, qu’ils soient psychiques, familiales, professionnels, amoureux ou autre – mais en plus elle cela ajoute un poids de plus, cela ajoute une nouvelle dette vis-à-vis de ceux qui payent à notre place, à la place de celui ou celle qui entreprend d’essayer de créer sa propre route dans ce monde.

Si vous voulez le travail analytique est un travail d’autonomie dans lequel, au fond, la personne qui entreprend une analyse a à se séparer, à faire des ruptures avec ce qu’a été sa famille, ses relations, à devenir un sujet si vous voulez. Un sujet qui est capable de vivre sans être inféodé à des modes de penser qui ne sont pas les siens, quelque chose comme ça. Donc si vous voulez, cela suppose que c’est lui-même qui investit toute son énergie, d’où cette idée que c’est incompatible avec quelque chose de médicale, de remboursé, d’assisté. C’est incompatible avec toute idée de prise en charge par un autre que soi-même puisqu’il s’agit, au contraire, que le sujet se prenne en charge lui-même sans faire porter éternellement par d’autres tout ce qui lui pèse.


Elisabeth Roudinesco

Tout partage est toujours en partie revisité quelque peu par mes soins pour soutenir et/ou ouvrir le travail exposé.

Share