TCHOANG-TSEU, LE RÊVE DU PAPILLON

‘ Quand Tchoang-tseu est réveillé, il peut se demander si ce n’est pas le papillon qui rêve qu’il est Tchoang-tseu. Il a raison d’ailleurs, et doublement, d’abord parce que c’est ce qui prouve qu’il n’est pas fou, il ne se prend pas pour absolument identique à Tchoang-tseu – et, deuxièmement, parce qu’il ne croit pas si bien dire. Effectivement, c’est quand il était papillon qu’il se saisissait à quelque racine de son identité – qu’il était, et qu’il est dans son essence, ce papillon qui se peint à ses propres couleurs – et c’est par là, en dernière racine, qu’il est Tchoang-tseu.


La preuve, c’est que, quand il est le papillon, il ne lui vient pas à l’idée de se demander si, quand il est Tchoang-tseu éveillé, il n’est pas le papillon qu’il est en train de rêver d’être. C’est que, rêvant d’être le papillon, il aura sans doute à témoigner plus tard qu’il se représenterait comme papillon, mais cela ne veut pas dire qu’il est captivé par le papillon – il est papillon capturé, mais capture de rien, car, dans le rêve, il n’est papillon pour personne. C’est quand il est éveillé qu’il est Tchoang-tseu pour les autres, et qu’il est pris dans leur filet à papillons.’

Lacan, J.,L’oeil et le regard * Séminaire 11, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse

FacebookTwitterGoogle+Share