L’AUTRE EN QUESTION

L’Autre m’origine 

Altérité bien sûr par rapport aux autres mais altérité aussi à l’intérieur de nous-mêmes.
Qu’est ce que la psychanalyse nous dit de l’altérité ? puisque c’est en tant que psychanalyste que je viens vous parler, pas seulement, mais c’est à cette place que vous me* convoquer, que vous m’avez inviter donc c’est de cette place-là, de ce lieu-là que je parlerai.
La psychanalyse, Freud essentiellement, quelques autres et puis Lacan, elle part de la question de l’autre écrit chez Freud, par Freud, avec un A majuscule – ce qui est étonnant, provoquant, peut-être pas très laïque, pas très matérialiste, mais c’est comme ça qu’il l’écrit – très vite, dans sa correspondance avec Fliess, ie dans les années 90 (1800), très peu, il y a simplement deux phrases, mais dont je vous invite à mesurer tout le poids et toute la force, c’est du Lacan mais ce n’est pas Lacan, la théorie est autre, c’est bien avant Lacan mais ce sont des phrases que Freud écrit dans l’élan de sa découverte et de sa confrontation à ce qu’il ne sait pas encore, qu’il écrit dans cette correspondance. La première phrase, petit bout de phrase
L’Autre primordial. Le grand Autre primordial. Il désigne en fait on ne sait pas très bien quoi. Le texte, la lettre n’est pas très explicite, sinon pour dire que le primordiale, l’essentiel, c’est l’Autre. En somme qu’il y a de l’Autre avant chaque être humain, ce qui maintenant est devenu une idée beaucoup plus commune, beaucoup plus acceptable, à condition évidemment de la déployer, d’en mesurer toute la portée, mais que ça commence par l’Autre. Autrement dit, aucun sujet n’est pensable, au moment où lui Freud, découvrant l’expérience de l’inconscient, ie découvrant une expérience qu’il commençait seulement à pouvoir penser, en découvrant les outils pour le penser, mais assurément a une visée, une écoute beaucoup plus profonde de l’être humain, un être humain pas réduit à sa propre conscience, pas réduit à sa connaissance de lui, pas réduit ce qu’il peut dire de lui-même mais habité, j’emploie exprès ce mot habité, et porté mais aussi traversé et aussi malmené par des désirs, des paroles, quelque chose en quoi il ne peut se reconnaitre qu’en ayant du mal à dire que ça vient de lui. Des voix, des rêves… Qui rêve ? D’où viennent les rêves ? Les symptômes, d’où ça vient ? J’y comprends rien. Qui parle ?

L’être humain, avec Freud, psychopathologiquement il faut bien le voir, ie dans une souffrance, et dans certains nombres d’empêchements, et dans sa parole, se pose comme traversé par quelque chose d’autre qui se déploie et qui se manifeste dans le registre de la parole. Donc l’Autre est primordiale. Première thèse massive de Freud. Qui, après tout, est une thèse lacanienne, j’en dirai quelques mots par la suite, mais elle est, à l’origine, de Freud.


* Suite de la retranscription de l’exposé de Patrick Guyomard, directeur de la SPF, à Montpellier en Mai 2016

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Toute retranscription est toujours en partie revisitée quelque peu par mes soins pour soutenir et/ou ouvrir le travail exposé.

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