WORK IN PROGRESS

Contrairement à ce que le conscient soutient dans son totalitarisme surmoïque, il y a un savoir, une pensée, des sentiments et des sensations qui échappent à toute saisie rationnelle parce qu’ils voyagent vers l’ailleurs, sur d’autres libertés possibles de langage.

INTIME

L’espace où le sujet peut se tenir et s’éprouver hors du regard de l’Autre. Un espace en exclusion interne, une île, ce qu’on nomme à l’occasion le chez-soi, où le sujet échappe à la supposition même d’être regardé. C’est la possibilité du cacher. Il peut se faire qu’il n’y ait pour un sujet aucun lieu où il puisse ainsi échapper à cette supposition. Cela donne une idée de l’enfer.

LE CHAT ET LA SOURIS

Il existe de grandes similitudes entre analyse et écriture.
D’abord, dans l’un et l’autre cas, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elles mobilisent une énergie si totale que s’en instaure un déplaisant état d’indisponibilité à tout ce qui leur est étranger – c’est-à-dire, en fait, tout le reste.
Ensuite, par le biais du regard intérieur qu’elles imposent, soit qu’il se concentre en propre sur l’univers mental où les temps se bousculent, soit sur l’exigence des personnages qui habitent leur créateur, l’une et l’autre impliquent un dédoublement dressant, entre celui qui les pratique et le monde extérieur, une cloche de verre ouatant les rumeurs de la vie.
Pas d’avantage que ceux qui n’ont jamais côtoyé la folie, ceux qui n’ont pu pénétrer au coeur de ce point focal de l’isolement ne peuvent comprendre ce que signifie une coupure absolue, ni le sens profond du mot « ailleurs ».

IMPITOYABLE

c’est un théâtre impitoyable. Sans truc. Sans truc. Tout est dans le texte. Il faut lire le texte. Le problème de l’homme de théâtre c’est savoir lire, rien d’autre. Pour servir un poète, incarner des personnages, il faut savoir lire. Et c’est tout le problème aussi : savoir lire. Etre dedans. Tout est dedans. Et ce qui est admirable dans cette oeuvre, quand on descend dans ses profondeurs, c’est que cet homme, dans la solitude de sa chambre, a fait le tour du monde contemporain, a fait le tour de l’humanité contemporaine, il a fait le tour du coeur de l’Homme du XXème siècle. A partir de la solitude de sa chambre. C’est Pascal.

« Tout le malheur de l’Homme vient de ce qu’il ne peut rester seul, dans sa chambre, une heure avec lui-même. »

Beckett a su faire ça. Il n’y a pas de truc, il faut le lire. Je ne veux pas dire que le théâtre de Beckett est abstrait, et oh quelle chance on a d’avoir des hommes de théâtre concrets !Absolument pas. C’est de l’inverse qu’il s’agit. Le théâtre de Beckett est extrêmement charnel. Qu’est-ce que c’est Fin de partie ?, C’est la proposition d’incarnation, de jeu, vivant, la pensée déjà contenue dans Godot

« L’air est plein de nos cris mais l’habitude est une grande sourdine. »

IL N’Y A PAS DE SENS EN SOI

Le désir,

contraint de se faire parole dans le moule de la demande, est donc captif du procès du langage. Cependant, en raison de son antériorité logique sur la séquence du discours qui le fait advenir, c’est tout le langage lui-même qui reste pris dans les rets des déterminations inconscientes du désir.

SENS ET VÉRITÉ

dire vrai, cela signifie surtout que le sujet répond par ceci, qu’au fond il ou elle savait : ‘Je savais que ma révolte n’était pas sans couvrir une certaine complicité avec la légende familiale.’ Ou encore : ‘Je savais que cet enfant qui n’a pas vu le jour était voué au sacrifice.’ Bref, c’est au moment où le sujet dit ‘je mentais’ que nous sommes sûrs qu’il parle comme responsable, responsable de la vérité à laquelle répond maintenant son dire. En effet, ‘je mentais’ est la signification exacte de ce ‘je savais’. Car il s’agit bel et bien d’une vérité que le sujet trouve dans son analyse, seulement c’est le sort de tout ce qui se trouve que d’être rejeté en arrière comme ayant été toujours là. [ … ]

VOUS AVEZ DIT SUJET ?

(…) ce qu’on raconte au patient, mais il n’en a rien à faire ; c’est comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Qu’est-ce qu’il s’agit de toucher ? Il s’agit du fait que le symptôme est dialogue avec, disons, un Autre. Vous pouvez y allez à coups de boulets pour essayer de contraindre, en appuyant comme vous pouvez pour que ça rentre bien dans la case ; donner une explication qui rendra la personne, à votre avis, plus heureuse. C’est une façon de faire ; je ne pense pas que ce soit la guérison au sens analytique du terme. (…)

CE QUE JE DÉSIRE ?

vous signifiez par le désir que nous ne nous contentons pas de la référence opaque à un automatisme de répétition que nous avons parfaitement identifié, il s’agit de la recherche nécessaire et condamnée d’une fois unique qualifiée, épinglée comme telle par ce trait lunaire, celui-là même qui ne peut se répéter sinon toujours à être autre.

LE JOUR OÙ J’AI PRIS LA DÉCISION D’ALLER CONSULTER ‘QUELQU’UN’

‘ L’envie de se cacher dans un cabinet de psychanalyste et de comprendre enfin comment ça se passe, ce qui se passe, ce qui se dit et comment ça se dit. De savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. De savoir si ce psychanalyste est comme le mien, s’ils sont tous pareils ou si ce cabinet ressemble à celui qu’on a fréquenté. Et puis aussi on voudrait que l’analyste avoue. Est-ce qu’il souffre ? Est ce qu’elle compatit ? Est ce qu’il rêve ? Est ce qu’elle s’ennuie ? Est ce qu’il nous aime ? Et puis enfin surtout comment tout ça va finir ?