INCIPIT VERS LA BEAUTÉ

Depuis des semaines, il luttait pour ne pas sombrer. Il sentait qu’il avait peu de forces, et les deux interrogatoires qui s’étaient déjà enchaînés lui avaient demandé un effort considérable. Pourtant, il ne s’était agi que de prononcer quelques mots, de répondre à des questions ne comportant pas le moindre piège. Il était revenu à un stade primaire de la compréhension du monde, se laissant souvent envahir par des peurs irrationnelles. Il sentait chaque jour davantage les conséquences de ce qu’il avait vécu. Allait-il seulement être capable de passer cet entretien avec madame Mattel ? « 

JOURNÉE MONDIALE DE LA VOIX – MERCREDI 12 JUIN 2019

9h00 – 18h30
Paris Diderot / Amphithéâtre A2

Cette année, en 2019, La voix entre Cuir et Chair, s’écorche vive aux aspérités de la parole, dans le corps à corps avec l’autre. Entre perception et conscience, elle s’incarne, se décharge, et travaille au burin l’oreille débordant parfois de surdité mortifère.

AU MOINS UN

Nombre de thérapies prétendent prendre en charge le corps plus que ne le ferait la psychanalyse qui est affaire de parole. Pourtant seule la parole touche véritablement au plus profond de notre être, là où les sensations de notre chair se donnent à lire, pour nous-mêmes et pour l’autre, dans l’étonnement renouvelé de la rencontre où nous prenons corps. Bien sûr le toucher peut aussi toucher : mais s’il touche vraiment, c’est qu’il est aussi parole. La main est métaphore de la parole comme elle peut signifier la manipulation. La psychanalyse n’a pas le monopole de la parole, elle n’est qu’une méthode pour ré-ouvrir un chemin à la parole là où celle-ci se trouve entravée. La théorie et la pratique psychanalytiques sont fondées sur cette reconnaissance de la dimension inconsciente d’un corps parlant qui n’est pas ce que nous en voyons, ce que nous en savons, en disons, ou ce que nous en faisons.

LE JOUR OÙ J’AI PRIS LA DÉCISION D’ALLER CONSULTER ‘QUELQU’UN’

‘ L’envie de se cacher dans un cabinet de psychanalyste et de comprendre enfin comment ça se passe, ce qui se passe, ce qui se dit et comment ça se dit. De savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. De savoir si ce psychanalyste est comme le mien, s’ils sont tous pareils ou si ce cabinet ressemble à celui qu’on a fréquenté. Et puis aussi on voudrait que l’analyste avoue. Est-ce qu’il souffre ? Est ce qu’elle compatit ? Est ce qu’il rêve ? Est ce qu’elle s’ennuie ? Est ce qu’il nous aime ? Et puis enfin surtout comment tout ça va finir ?

UNE VIE DEDANS ?

Comme la poésie, et proche de l’humour, la parole de l’analyste est un acte. Il n’y a pas de retour arrière et il n’y a pas à s’expliquer à son propos, sous peine de la détruire et de rester empêtré au coeur de la parole vide de nos indéfectibles fuites en avant. La souffrance et la répétition permettent son accès car ils sont déjà une tentative de sortir peut-être de notre camaraderie au symptôme, de notre aveuglement et autre surdité quant à nos gestes inadaptés, ou compulsifs, avec lesquels on peut se confondre jusqu’à ce que l’on appelle quelque fois notre identité.

LA DÉFAITE DU SUJET

Puisque le neurobiologie semble affirmer que tous les troubles psychiques sont liés à une anomalie du fonctionnement des cellules nerveuses, et puisque le médicament adéquat existe, pourquoi devrait-on s’inquiéter ? Il ne s’agit plus désormais d’entrer en lutte avec le monde, mais d’éviter le litige en appliquant une stratégie de normalisation. On ne s’étonnera donc pas que le malheur que l’on prétend exorciser fasse retour de façon foudroyante dans le champ des relations sociales et affectives : recours à l’irrationnel, culte des petites différences, valorisation du vide et de la sottise, etc. La violence du calme est parfois plus terrible que la traversée des tempêtes.

AUSSI, JE VOUS AIME BIEN.

Pour vous dire ce qu’a été pour moi l’enseignement de cette séance et que je n’ai pas communiqué à mon patient.

L’enseignement ? Mais j’ai envie, non, je n’en ai pas envie, je me surprends à le faire : je vous parle comme à mon psychanalyste. Mon psychanalyste, c’est ce que vous êtes. Pas pour vous. Pour moi. Ce n’est donc pas vous enseigner que je veux. Mais vous faire part de la pensée qui s’est présentée à moi, non pas comme une trouvaille, non pas comme une découverte, mais comme quelque chose de nouveau qui est moi. Comme poésie. En ce sens, oui, il s’agit bien d’un enseignement.

CHAOS, GAYA ET OURANOS

Didier Anzieu, 1966 : « Oedipe avant le complexe ou de l’interprétation psychanalytique des mythes »[1] I. LECTURE DE LA MYTHOLOGIE GRECQUE Deux au moins des concepts essentiels de la psychanalyse, le complexe d’Oedipe et le narcissisme, doivent leur nom à la mythologie grecque. Freud a achevé l’invention de la psychanalyse comme science spécifique, différente […]