AVEC LE PSYCHANALYSTE, L’HOMME SE RÉVEILLE

[ … ] ‘ Si ça ne va pas, écris. Ecris ce que tu penses ; jusqu’au bout ( * jusque là où tu peux. Tu verras que tu ne peux pas beaucoup et cela t’étonnera de ne pouvoir dire par l’écrit que si peu. Des éclairs poétiques viendront à ta rescousse. Les tiens d’éclairs poétiques. Pas ceux des autres. Ils ne seront, ici, à cet instant d’aucun secours. Tu comprendras sans le savoir encore bien des choses et tu ne mourras pas tout à fait maintenant. Plus tard peut-être. Plus tard. Evidemment. Heureusement. ) Il faut y arriver pour que ce soit fini. Alors, si tu te retrouves vraiment, tu as franchi. Quand tu as tout écrit, tu n’es plus là-bas. C’est ça la mémoire. C’est un passage, un passage actif : se remémorer compte plus que les choses oubliées. Il faut que la merveille t’appelle, te réveille. Deux ou trois fois par nuit. Ou bien deux ou trois fois par semaine, chez son psychanalyste. Pendant des années. Je ne me rendormirai pas. Malgré la douleur de se lever. Dormir/écrire… et retomber dans les bras dit maternels du sommeil au terme de cette conjonction/disjonction. Le poinçion de l’acte d’écriture vous a poinçonné. D’où vient cette certitude (maladive?) que la guérison passe par là ? Pourtant, rien n’est changé : seulement dit – mais bien dit. Et écrit.Arrêté, en quelque sorte. Voilà. Une fois écrit, ce sera dit. ‘

Extrait p.125 ( * lequel n’est pas sans mon petit ajout )

ÇA POUSSE AU DIRE

[ … ] Comme tous ceux à qui on recommande la psychanalyse comme ultime recours de pouvoir être reconnus comme artisans d’un dire, d’un dire qu’ils méconnaissent, d’un dire dont ils sont porteurs, dans l’extrême de leur singularité et qu’à être parlés par les autres, ils n’en sont pas moins détenteurs d’un dire qui cherche à se faire reconnaître. Je n’ai pas dit d’un dire qui cherche à se faire entendre, car il ne s’agit pas tant d’être entendu, qui toujours risque de nous rabattre sur le sens et le sens, que d’être reconnu dans cet appel qui confine à la demande d’amour. Car cet appel ici en jeu n’est pas sans lien avec cet appel premier auquel a été confronté le sujet avec le premier grand Autre qu’il aura rencontré et qui ne dit rien de ce qu’il veut. Du fait qu’il parle, le sujet demande.

J’AI VU DES MIRACLES SE PRODUIRE

Tu trembles, tu transpires, tu es au bord des vomissements. Tu penses que tu pourrais en mourir, mais finalement tu la dis cette putain de vérité, cette vérité dont tu as profondément honte. Pas une vérité abstraite. Pas une vérité  » spirituelle « , soigneusement formulée et conçue pour prévenir l’offense. Pas une vérité habilement emballée. Mais une vérité humaine désordonnée, enflammée, bâclée. Une vérité sanglante, passionnée, provocatrice, sensuelle. Une vérité mortelle, indomptée et sans fard. Et fragile, collante, suante, vulnérable. La vérité de ce que tu ressens. La vérité qui permet à l’autre de te voir à l’état brut. La vérité qui fait haleter, qui fait battre ton cœur. C’est la vérité qui te libérera.

LES INTERMITTENCES DE L’ÊTRE

[ .. ] Qui ne connait pas la dépression, qui ne se sent jamais l’âme entamée par le corps, envahie par sa faiblesse, est incapable d’apercevoir sur l’homme aucune vérité ; il faut venir en dessous, il faut regarder l’envers ; il faut ne plus pouvoir bouger, ni espérer, ni croire, pour constater. [ … ] Ce doit être la consolation de ceux qui expérimente ainsi à petits coups la mort qu’ils sont les seuls à savoir un peu comment la vie est faite.

AVANCER

Il faut donc pouvoir être dans l’acte de dire mais aussi dans celui d’accueillir puisqu’il s’agit de partage et de quelque chose d’une humanité. Il n’y a rien que terres arides et sévères et stériles en dehors de ce double et nécessaire mouvement-là. Et quand je parle de dire, évitons d’être fourbe et de s’y complaire un instant s’il vous plait, il ne s’agit pas de tourner en rond éternellement en accablant qui que ce soit (ça, on le fera sur le divan de nos analystes). Quand je parle de dire, il s’agit d’avancer pour retrouver la joie d’être ensemble en paix avec soi-même. ‘