FREUD, LA FINESSE D’UN ACTE MANQUÉ – 1935

Résultats, idées, problèmes II

Je prépare un cadeau d’anniversaire pour une amie, une petite gemme à faire sertir sur un anneau. Sur un carton, au centre duquel j’ai fixé la petite pierre, j’écris : «  Bon pour un anneau d’or que l’horloger-bijoutier L. confectionnera … pour la pierre ci-jointe sur laquelle est gravé un bateau avec voiles et rames. » Or, à la place ci-dessus laissée vide entre « confectionnera » et « pour », il y avait un mot que je fus obligé de rayer, car il était totalement étranger au contexte : le petit mot « bis ». Pourquoi donc l’ai-je écrit ?

En lisant ce court texte, je suis frappé par le fait qu’on y trouve à peu de distance deux fois la préposition « pour ». « Bon pour un anneau – pour la pierre jointe. » Cela sonne mal et devrait être évité. J’ai alors l’impression que l’introduction de « bis » au lieu de « pour » tentait d’éviter la maladresse stylistique. C’est sans doute vrai. Mais cette tentative emploie des moyens particulièrement insuffisants. La préposition « bis » est tout à fait inadéquate à cet endroit et ne peut remplacer le « pour » qui est absolument nécessaire. Pourquoi donc précisément ce « bis » ?

ILS TENDENT AU BONHEUR

‘ Rien n’est plus difficile à supporter qu’une série de beaux jours ** ‘, ? 

[ … ] ‘ La parole bien connue d’un de nos grands poètes et sages à la fois nous vient aussitôt à l’esprit. Elle définit ainsi les rapports que la religion entretient avec l’art et la science :

Celui qui possède la science et l’art

Possède aussi la religion

Celui qui ne les possède pas tous les deux

Puisse-t-il avoir la religion ! *

L’ESPRIT DU MOT WITZ …

La relation du mot d’esprit au rêve et à l’inconscient

[ … ] De la comparaison qu’on établit entre le contenu manifeste du rêve qui se trouve remémoré et les pensées latentes du rêve qu’on a découvertes de cette manière, résulte le concept de “travail du rêve”. Par le terme de travail du rêve, on désignera la somme totale des processus de transformation qui ont opéré le passage des pensées latentes du rêve au rêve manifeste. Ainsi donc, c’est au travail du rêve que s’attache le sentiment d’étrangeté que le rêve avait suscité auparavant en nous.

LA CENSURE ET LE RÊVE

Le rôle de la censure dans le rêve

Pour Freud, le motif principal de la déformation du rêve provient de la censure. Il rappelle qu’il s’agit d’une instance particulière, située à la frontière entre conscient et inconscient, qui laisse passer uniquement ce qui lui est agréable et retient le reste : ce qui se trouve alors écarté par la censure se trouve à l’état de refoulement et constitue le refoulé. Dans certains états comme le sommeil, la censure subit un relâchement, de sorte que le refoulé peut surgir dans la conscience sous forme de rêve. Mais comme la censure n’est pas totalement supprimée, même dans le rêve, le refoulé devra subir des modifications pour ne pas heurter la censure, ce qui conduit à la formation de compromis. Le processus de refoulement, suivi d’un relâchement de la censure et de la formation de compromis, n’est pas particulier au rêve, il se produit dans un grand nombre de situations psychopathologiques où l’on retrouve l’action de la condensation et du déplacement.

Par ailleurs, du fait de l’irruption des désirs inconscients non censurés qui peuvent réveiller le dormeur, il s’ensuit qu’un rêve réussi constitue aussi un accomplissement du désir de dormir. C’est pourquoi Freud considère que la fonction du rêve est aussi celle d’être le gardien du sommeil : “ Le rêve est le gardien du sommeil, et non son perturbateur.”

LA NÉGATION ( Texte intégral )

Non! Ça n’est pas ma mère. 

La façon dont nos patients présentent, au cours du travail analytique, leurs idées incidentes nous donne l’occasion de quelques observations intéressantes. «  Vous allez maintenant penser que je vais dire quelque chose d’offensant, mais je n’ai pas effectivement cette intention ». Nous comprenons que c’est le renvoi, par projection, d’une idée incidente qui vient juste d’émerger. Ou bien « vous demandez qui peut être cette personne dans le rêve. Ma mère, ce n’est pas elle ». Nous rectifions : donc c’est sa mère. Nous prenons pour nous la liberté, lors de l’interprétation, de faire abstraction de la négation, et d’extraire le pur contenu de l’idée incidente. C’est comme si le patient avait dit « certes c’est bien ma mère dont l’idée m’est venue à propos de cette personne, mais je n’ai aucun plaisir à donner crédit à cette idée incidente ». 

ABRACADABRA

Fast-attitude, vogue !..

Voici un extrait d’un texte de Freud à propos de la différence entre l’hypnothérapie et la psychanalyse. Son propos est sans équivoque, cependant je ne lance pas ici une simple « critique » vis-à-vis de nos fast-thérapeutiques mais plutôt une transmission éclairée et avertie puisqu ‘ expérimentée ; je peux aller consulter un hypnothérapeuthe, un confrère cognitivo-comportemental ou faire du lèche-vitrine pour me faire une sorte de bien ou me changer les idées, cela va sans dire et cela a sa fonction. Je veux juste y aller en connaissance de cause. Aussi, par « fast-thérapeutique », au-delà de l’hypnothérapie, il est à retrouver les thérapeutiques dites de consommation, naturellement très en vogue vous l’imaginer bien, comme lesdites TCC et autres recours à la pleine conscience, au chamanisme, au reiki etc. qui tendent à désengager le sujet de sa propre parole l’assénant, sans savoir ce qui se dit, d’être dans le « mental » . Personnellement, je ne crois pas au « mental ». Je crois au corps. Celui qui a le courage de s’engager véritablement * dans l’aventure analytique ne supporte pas longtemps être dénigré dans tous les efforts qu’il fait pour s’extraire de son état de survie permanent, d’une sorte de secte de non-existents conventionnée par les médias et les blablas ambiants des boucheurs de trous et non moins masqueurs de manques de tout bord. Du plein, du plein, toujours du plein. Si le jour ne se définit que de la nuit, le plein ne peut s’entendre que de son manque, à savoir une sorte de vide de soi. Etc.

Et maintenant, la parole est à Sigmund Freud. Nous sommes en 1922. 

La thérapeutique analytique

L’INTERPRÉTATION DES RÊVES – CHAPITRE VII (Extrait)

L’oubli des rêves 

Commençons par examiner une difficulté que nous avons négligée jusqu’à présent, et qui cependant pourrait sembler de nature à retirer tout fondement à nos tentatives d’interprétation. Nous avons vu plus d’une fois que nous ne connaissons pas du tout le rêve que nous voulions interpréter ; ou, plus exactement, que rien ne pouvait nous garantir que nous le connaissions tel qu’il a réellement eu lieu. Les souvenirs du rêve que nous étudions sont tout d’abord mutilés par l’infidélité de notre mémoire, qui paraît tout à fait incapable de conserver le rêve, et en laisse perdre peut-être précisément les éléments les plus intéressants. Lorsque nous voulons examiner un rêve de près, nous avons toujours le sentiment que nous avons rêvé beaucoup plus que le court fragment dont il nous souvient, et même ce fragment nous paraît incertain. De plus, tout semble indiquer que notre souvenir n’est pas seulement fragmentaire, mais infidèle et déformé. Peut-être le rêve n’a-t-il été ni aussi incohérent et indistinct que dans notre mémoire, ni aussi cohérent que dans notre récit ; il se peut fort bien qu’en essayant de le raconter nous comblions à l’aide de nouveau matériaux arbitrairement choisis les lacunes créées par l’oubli, que nous agrémentions, arrangions, accommodions le rêve ; si bien que tout jugement sur son véritable contenu est rendu impossible. Nous avons même trouvé chez un auteur (Spitta), une hypothèse d’après laquelle tout ordre, toute cohésion ne sont introduits dans le rêve qu’après coup, lorsqu’on essaie de se le remémorer. Nous sommes donc exposés au danger que l’on nous arrache des mains l’objet même dont nous avons entrepris de préciser la valeur.

[ … ]