RÉANIMATION

La conscience anesthésie là où les mots du rêve réaniment

 » Les paroles qui disent un rêve (…) informent de biais la conscience d’un processus vital que celle-ci semble ne pas vouloir prendre en compte. Tout se passe comme si le désir dont le rêve est le messager était traité en intrus. Comme à bord d’un navire en danger de naufrage, le temps pris par la conscience pour réaliser la gravité de la voie d’eau n’est pas à la mesure du risque. Il faut beaucoup de courage pour évaluer la situation et décider, contre toute « raison » de changer drastiquement de direction. Les sorties de dépression sont à ce prix : il faudrait avoir une très vive conscience du danger de devenir un zombie – ce que les médicaments et aujourd’hui la mode de la méditation compulsive, vous font perdre de vue – et commencer par entendre ce que disent les rêves.

LA RACINE MÊME DE L’ART

Le réel c’est le discontinu 

J’étais parti de cette distinction par Lacan de deux pas chez Freux.

  1. Celui de l’inconscient structuré comme un langage, qui relève des effets du refoulement secondaire ; qui relève d’une sémiotique, qui relève d’effets de langage que Freud et Lacan nous ont appris à décrypter : métaphore, métonymie, condensation, déplacement, etc.
  2. Celui de l’automatisme de répétition découvert en 1920 par Freud, qui n’est ni plus, ni moins que ce que j’avais tenté de déplier dans Le corps des larmes* en essayant de donner un peu de substance à cette chose obscure que sont les premiers balbutiements de la naissance du jet : ce que j’appelais « être revenu sur ses pas » pour que l’on puisse reconnaître que là, on a déjà été une fois. C’est à dire qu’il y a un moment où quelque chose va compter pour Un : où il y a à reconnaître qu’on a déjà mis là ses pas, et qu’il y a un effet-sujet dans cette répétition inaugurale. C’est à la fois les effets de la marque – nous pouvons même dire la création de la marque, de la coche, en tant qu’elle crée du Un, et quelque chose du sujet qui advient par ce retour au même, au même lieu, au même, quelque chose qui permet de compter Un. C’est, par exemple, ce que l’homme préhistorique a peut-être fait quand il a tué avec sa massues le deuxième auroch. À ce moment, il a gravé sur sa massue un trait. Il a fallu qu’il en tue un deuxième pour qu’il puisse compter le premier, qu’il y a du 1, c’est-à-dire que ça se répète. Je ne sais comment vous transmettre ça autrement, nous sommes dans un tel balbutiement subjectif que les mots peuvent difficilement en rendre compte. Dans ce deuxième pas, l’automatisme de répétition, dans cette opération subjective, il y a quelque chose qui fait os. Et cet os, c’est l’écriture précisément.   

RAISON, PARTAGE TON ROYAUME, JE T’EN SUPPLIE

Le sens unique n’a rien à voir avec le vivant* 

Texte de JP Winter, in Choisir la psychanalyse, 2001, Points, pp. 90-94

( … ) La psychanalyse ferait-elle peur parce qu’elle apporte du nouveau ? Oui et non.

Oui, en ceci qu’elle crée un nouveau lien social ; la relation analyste/analysant, et un mode de penser totalement inédit ( A une condition près : que l’analysant joue le jeu du dispositif analytique en s’efforçant de dire tout ce qui lui vient à l’esprit **)

CHERCHER TOUJOURS A S’EN DETOURNER

A l’instar de quelque alphabet, tenons pour B.A BA que pour apprendre quoi que ce soit, il faille répéter l’apprentissage jusqu’à l’oublier. Tant que tu n’as pas oublié tu n’as rien appris. Encore faut-il le savoir.  

 

Autour du deuil : résumé 

 

L’un des deux axes majeurs de la vie psychique, présupposant le moi établi et l’objet fondé, s’occupe du traitement de l’excitation par des défenses intrapsychiques – dont l’excès produit les névroses -, et sous l’aiguillon de l’angoisse – dont l’excès constitue le traumatisme. L’autre axe, moins connu et qui nous retiens le plus, est fondateur du moi et de l’objet ; tout occupé du jeu entre l’intérieur et l’extérieur il utilise des défenses “combinées” – dont le déferlement mène à la psychose – sous l’aiguillon du deuil, dont le débordement mène à la mélancolie et l’évitement radical à la perversion. Au-delà des évènements flagrants, le deuil est compris comme un processus ; comme tout ce qui compte dans la psyché, les racines en sont profondes et précoces.

Le deuil originaire est donc l’épreuve première – et prolongée – par laquelle passe le moi pour découvrir l’objet ; en vertu d’un paradoxe fondateur, celui-ci est perdu avant que trouvé ; de même le Je ne se trouve qu’en acceptant de se perdre. Propulsé, entre autres poussées, par celle de la croissance, et à l’encontre de l’attraction centrifuge de la séduction narcissique, le deuil originaire ouvre au moi les capacités qui lui sont originellement promises, en particulier celle de faire des deuils ; la traversée du deuil originaire est en effet une des conditions majeures de la faisabilité de tout endeuillement.

Tout état dépressif sera un raté de deuil originaire

J’AI SOIF D’UN CHANGEMENT RADICAL

En analyse comme dans la vie, la volonté de maîtrise de soi (et des autres) est le principal obstacle au changement.

 

Certains psychanalystes le répètent : “Même après une analyse, on ne peut pas changer mais seulement ‘vivre avec’ qui l’on est.” En faites-vous partie ?

Jean-Bertrand Pontalis : Si je ne croyais pas au changement, je ne ferais pas ce métier

ÇA POUSSE AU DIRE

Un texte de Marie PESENTI 

Que fait on de la demande en psychanalyse ? selon Lacan. A cette question, je répondrais « un pousse au dire », à savoir permettre la passe des dits de la demande au dire. 

En inventant le règle fondamentale dite de l’association libre comme seule méthode pour la psychanalyse, Freud faisait l’hypothèse qu’en suivant l’enchainement des dits du patient, on allait pouvoir s’approcher de ce qu’il appelait alors « le noyau pathogène inconscient du sujet. »

Avec cette invitation à perdre le fil de sa pensée pour suivre les inattendus qui en émergent, Freud avait fait le pari que la succession des associations libres de ses patients n’avait rien de libre mais qu’au contraire elle s’orientait sur l’attractivité de ce noyau pathogène à la fois source de résistances et, à la fois, dans le même mouvement, appel à dire. Résistances d’une jouissance ignorée, aimantant la parole du patient et appel à dire venu de cet insondable qui se tient au coeur, dans cet espace, dans cet écart entre les dits qui toujours se caractérisent de leur insuffisance à dire la vérité dans ces tours du dit qui se succèdent.

COUPURE

La coupure

[ … ]  L’origine de cette coupure, vous la connaissez, c’est la coupure qui apparaît dès le stade du miroir entre le sujet et son image. Le sujet tente de se saisir dans cette image et de fusionner avec elle, ce qui n’est pas possible puisqu’il y a la séparation de la vitre, de la glace très exactement. ( … ) La coupure imaginaire entre le corps et son image spéculaire, image au miroir, est une variante de celle qui existe entre le corps et la parole, cette coupure qu’il y a à la limite à franchir pour la parole pour qu’elle véhicule quelque chose qui touche le corps. L’image dont il est question dans l’image spéculaire vient à la place de la parole circulante, qui circule comme marchandise. Il ne s’agit pas, dans cette parole-là, de communication où l’on pourrait entendre mis en commun, partage au sens du terme allemand Mitteilung. Dans cette parole circulante il y a transmission, déplacement, exactement comme l’image circule sous la forme d’une photographie. Cette photographie dont on connaît le rôle dans un certain métabolisme amoureux n’est pas une mise en commun mais une distribution, de même qu’une certaine parole qui se distribue – et c’est intentionnellement que j’utilise un terme qui relève des postes et télécommunications. Certes, il y a dans la parole autre chose que la distribution ; la communication existe, mais nous verrons par la suite qu’il existe une troisième fonction de la parole. Cette troisième fonction que l’on ne peut ni enseigner ni décrire, c’est justement la parole créatrice, la parole poétique au sens fort du terme. Il est probable qu’il faille d’abord dégager la parole de sa dimension de distribution, de sa fonction plutôt polyphonique, comme on parle d’une polycopie, parole destinée à être mise dans toutes les oreilles avant qu’il puisse s’agir d’une parole incarnée et d’une parole créatrice.

( … )

Avant que le sens du symptôme puisse être restitué au sujet, il faut que ce sujet se soit dégagé de l’usage dévoyé de la langue, il faut que, pour lui, la parole ait retrouvé sa dimension créatrice pour qu’à partir de cette dimension un sens authentique, un sens spécifique, subjectif, puisse lui être restitué. Aussi longtemps qu’on a cherché à dire, parce qu’on a cru que Freud avait fait ainsi, que tel symptôme (hystérique) signifiait telle chose parce qu’à tel moment il s’était passé un évènement, on se condamne à entendre, dans certaines interprétations notamment, le propre de l’analyste et on s’interdit d’entendre ce que le sujet voulait dire. [ … ] 


Israël, L., 1974, La jouissance de l’hystérique, Séminaire, pp. 57 – 60, Arcanes, 1996

AU MOINS UN

Il n’y a pas d’autre lieu pour la parole que le corps humain. 

‘ Le corps peut sembler une réalité particulièrement tangible, consistante, et pourtant celle-ci échappe à toute tentative de saisie. Cette énigme, ce mystère du corps humain, la psychanalyse n’a pas pour but de la résoudre, mais, au contraire, son travail est toujours d’en rétablir la dimension, qui est originaire, constitutive du corps, de l’inconscient .

Nombre de thérapies prétendent prendre en charge le corps plus que ne le ferait la psychanalyse qui est affaire de parole. Pourtant seule la parole touche véritablement au plus profond de notre être, là où les sensations de notre chair se donnent à lire, pour nous-mêmes et pour l’autre, dans l’étonnement renouvelé de la rencontre où nous prenons corps. Bien sûr le toucher peut aussi toucher : mais s’il touche vraiment, c’est qu’il est aussi parole.