LE CENTRE DU MONDE

L’inconscient, à partir de Freud, est une chaîne de signifiants qui quelque part (sur une autre scène, écrit-il) se répète et insiste pour interférer dans les coupures que lui offre le discours effectif et la cogitation qu’il informe.

Selbstbewusstsein *

Nous avons quelque mal à faire entendre dans un milieu infatué du plus incroyable illogisme ce que comporte d’interroger l’inconscient comme nous le faisons, c’est-à-dire jusque’à ce qu’il donne une réponse qui ne soit pas de l’ordre du ravissement, ou de la mise au sol, mais plutôt qu’ « il dise pourquoi ».

Si nous conduisons le sujet quelque part, c’est à un déchiffrement qui suppose déjà dans l’inconscient cette sorte de logique : où se reconnaît par exemple une voix interrogative, voire le cheminement d’une argumentation.

Toute la tradition psychanalytique est là pour soutenir que la nôtre ne saurait y intervenir qu’à y entrer au bon endroit, et qu’à anticiper sur elle, elle n’en obtient que la fermeture.

En d’autres termes, la psychanalyse qui se soutient de son allégeance freudienne, ne saurait en aucun cas se donner pour un rite de passage à une expérience archétypique ou d’aucune façon ineffable : le jour où quelqu’un y fera entendre quelque chose de cet ordre qui ne sera pas un minus, ce serait que toute limite y aurait été abolie. Ce dont nous sommes encore loin1.

Ceci n’est qu’approche de notre sujet. Car il s’agit de serrer de plus près ce que Freud en sa doctrine lui-même articule de constituer un pas « copernicien ».

1 Même à tenter d’intéresser sous la rubrique des phénomènes Psi à la télépathie, voire toute la psychologie gothique qui puisse se ressusciter d’un Myers, le plus vulgaire batteur d’estrade ne pourra franchir le champ où Freud l’a contenu d’avance, à poser ce qu’il retient de ces phénomènes comme devant être au sens stricte : traduit dans les effets de recoupement de discours contemporains.

La théorie psychanalytique, même à se prostituer, reste bégueule (trait bien connu du bordel). Comme on dit depuis Sartre, c’est une respectueuse : elle ne fera pas le trottoir de n’importe quel côté (note de 1966).


*Selbstbewusstsein, l’être de soi conscient, tout-conscient.

Plût au ciel qu’il en fût ainsi, mais l’histoire de la science elle-même, nous entendons de la nôtre et depuis qu’elle est née, si nous plaçons sa première naissance dans les mathématiques grecques, se présente plutôt en détours qui satisferont fort peu à cet immanentisme, (…)

 

1960, LACAN, J., Chapitre VII, Subversion du sujet et dialectique du désir in Les Écrits II, Seuil, Points, 1999, p. 275

N’ÊTRE POUR LA MÈRE

Le repérage de cette féminité de la mère n’est pas sans causer une difficulté à l’enfant, mais elle est structurale et structurante.Le Nom-du-Père ne suffit pas à résorber toute la jouissance de la femme qui est sa mère, ce qui conduit chaque enfant à devoir construire sa réponse singulière. C’est la thèse de ce livre

 » Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ? « 

Rappelons que c’est dans l’épreuve du désir de l’Autre que se constitue le sujet : « Si le désir de la mère est le phallus, l’enfant veut être le phallus pour la satisfaire [ … ] » mais « [ …] ce qu’il a ne vaut pas mieux que ce qu’il n’a pas [ … ] ». Alors, face à quoi se trouve-t-il ?

CE QUE JE DÉSIRE ?

Propos d’Antoine Masson recueillis lors des Journées d’études de l’Association Espace Analytique : Lacan, l’expérience analytique.

(…) « Ne l’oublions pas, le désir inconscient tel que nous avons à en rendre compte, il couve dans la répétition de la demande. C’est lui, le désir, qui motive la demande. Mais attention, ce que ‘nous’ nous appelons le ‘désir’ ce n’est pas ce que vous vous appelez habituellement le désir. C’est pas vouloir partir aux Comores ou aux Canaries et de dire ‘je ne cède pas sur mon désir et j’abandonne mes enfants’. Ça n’est pas non plus, la carotte et l’âne. Ce n’est même pas le désir hégélien qui est l’aufhebung qui tendrait vers l’esprit absolu que l’on pense comme une destination pour se donner du courage. ‘Si vous suivez ce que j’entends, vous signifiez par le désir que nous ne nous contentons pas de la référence opaque à un automatisme de répétition que nous avons parfaitement identifié, il s’agit de la recherche nécessaire et condamnée d’une fois unique qualifiée, épinglée comme telle par ce trait lunaire, celui-là même qui ne peut se répéter sinon toujours à être autre.

J’ADORE LES HÉRISSONS

 » Vous vous imaginez que la pensée, ça se tient dans la cervelle. Je ne vois pas pourquoi je vous en dissuaderais.  » (Aujourd’hui, en 2020, on entend partout « C’est dans le mental ». Voyez le topo. La belle manière de ne rien y voir entendre. )

1974 – La Troisième, Jacques Lacan 

extrait

Le symbolique, l’imaginaire et le réel

L’inouï, c’est que ça ait pris du sens – et pris du sens, rangé comme ça. Dans les deux cas, c’est à cause moi, de ce que j’appelle le vent – dont je sens que je ne peux même plus le prévoir -, le vent dont on gonfle ses voiles notre époque.

Il est évident que ça ne manque pas de sens au départ. C’est en cela que consiste la pensée

LA RACINE MÊME DE L’ART

Le réel c’est le discontinu 

J’étais parti de cette distinction par Lacan de deux pas chez Freux.

  1. Celui de l’inconscient structuré comme un langage, qui relève des effets du refoulement secondaire ; qui relève d’une sémiotique, qui relève d’effets de langage que Freud et Lacan nous ont appris à décrypter : métaphore, métonymie, condensation, déplacement, etc.
  2. Celui de l’automatisme de répétition découvert en 1920 par Freud, qui n’est ni plus, ni moins que ce que j’avais tenté de déplier dans Le corps des larmes* en essayant de donner un peu de substance à cette chose obscure que sont les premiers balbutiements de la naissance du jet : ce que j’appelais « être revenu sur ses pas » pour que l’on puisse reconnaître que là, on a déjà été une fois. C’est à dire qu’il y a un moment où quelque chose va compter pour Un : où il y a à reconnaître qu’on a déjà mis là ses pas, et qu’il y a un effet-sujet dans cette répétition inaugurale. C’est à la fois les effets de la marque – nous pouvons même dire la création de la marque, de la coche, en tant qu’elle crée du Un, et quelque chose du sujet qui advient par ce retour au même, au même lieu, au même, quelque chose qui permet de compter Un. C’est, par exemple, ce que l’homme préhistorique a peut-être fait quand il a tué avec sa massues le deuxième auroch. À ce moment, il a gravé sur sa massue un trait. Il a fallu qu’il en tue un deuxième pour qu’il puisse compter le premier, qu’il y a du 1, c’est-à-dire que ça se répète. Je ne sais comment vous transmettre ça autrement, nous sommes dans un tel balbutiement subjectif que les mots peuvent difficilement en rendre compte. Dans ce deuxième pas, l’automatisme de répétition, dans cette opération subjective, il y a quelque chose qui fait os. Et cet os, c’est l’écriture précisément.   

LA COMPULSION DE RÉPÉTITION

 » C’est plus fort que moi « 

La floraison précoce de la vie sexuelle infantile est destinée au déclin parce que les désirs y sont incompatibles avec la réalité et parce que l’enfant n’a pas atteint un stade de développement suffisant. Elle trouve sa fin dans les circonstances les plus pénibles, au milieu de sentiments profondément douloureux. La perte d’amour et l’échec portent au sentiment d’estime de soi un préjudice durable qui reste comme cicatrice narcissique ; c’est là, selon mon expérience et les vues de Marcinowski, ce qui contribue plus que tout au « sentiment d’infériorité » si commun chez les névrosés.

UNE ÉCUME DES JOURS

La pensée dite positive sera toujours et de tout temps en vogue car le quidam, vous comme moi, n’aura de cesse de s’y accrocher aussi longtemps qu’il le pourra. Aussi longtemps qu’il le pourra jusqu’à ce jour béni du retournement de situation qui ne manquera pas de faire évènement dans sa réalité psychique. C’est ainsi, dans le temps de la fin de la première guerre mondiale que Freud remet en question sa première topique fondée sur cette fameuse « pensée positive » pourrait-on dire plus connue aujourd’hui et alors des amateurs de la culture psychanalytique sous le terme de « principe de plaisir ». 

Au-delà du principe de plaisir

PRINCIPE DE PLAISIR ?

Freud nomme maintenant la troisième instance, seulement évoquée au début de cet article : les forces hostiles viennent du Surmoi. Ce qu’il en dit est beaucoup plus resserré qu’en 1923. Le Surmoi, c’est la partie liée à la pulsion de mort ; il n’est donc qu’une petite partie de quelque chose de beaucoup plus vaste que nous ne connaissons pas, et d’assez insaisissable : la pulsion de mort, qu’à vrai dire nous ne saisissons que dans le Surmoi qui en fait psychiquement une liaison.

Un pont est donc établi entre la question du père et la pulsion de mort, puisque le Surmoi était défini comme l’intériorisation des exigences et interdits paternels.

ÇA POUSSE AU DIRE

Un texte de Marie PESENTI 

Que fait on de la demande en psychanalyse ? selon Lacan. A cette question, je répondrais « un pousse au dire », à savoir permettre la passe des dits de la demande au dire. 

En inventant le règle fondamentale dite de l’association libre comme seule méthode pour la psychanalyse, Freud faisait l’hypothèse qu’en suivant l’enchainement des dits du patient, on allait pouvoir s’approcher de ce qu’il appelait alors « le noyau pathogène inconscient du sujet. »

Avec cette invitation à perdre le fil de sa pensée pour suivre les inattendus qui en émergent, Freud avait fait le pari que la succession des associations libres de ses patients n’avait rien de libre mais qu’au contraire elle s’orientait sur l’attractivité de ce noyau pathogène à la fois source de résistances et, à la fois, dans le même mouvement, appel à dire. Résistances d’une jouissance ignorée, aimantant la parole du patient et appel à dire venu de cet insondable qui se tient au coeur, dans cet espace, dans cet écart entre les dits qui toujours se caractérisent de leur insuffisance à dire la vérité dans ces tours du dit qui se succèdent.

INCONSCIENT ET SYMPTÔMES

Nous sommes en 1916

Si vous ajoutez à cela que cet état de choses que nous avons constaté chez nos deux malades se retrouve dans tous les symptômes de toutes les affections névrotiques, que partout et toujours le sens des symptômes est inconnu au malade, que l’analyse révèle toujours que ces symptômes sont des produits de processus inconscients qui peuvent cependant, dans certaines conditions variées et favorables, être rendus conscients, vous comprendrez sans peine que la psychanalyse ne puisse se passer de l’hypothèse de manier l’inconscient comme quelque chose de palpable. Et vous comprendrez peut-être aussi combien peu compétents dans cette question sont tous ceux qui ne connaissent l’inconscient qu’à titre de notion, qui n’ont jamais pratiqué d’analyse, jamais interprété un rêve, jamais cherché le sens de l’intention de symptôme névrotiques. Disons-le donc une fois de plus : le fait seul qu’il est possible, grâce à une interprétation analytique, d’attribuer un sens aux symptômes névrotiques constitue une preuve irréfutable de l’existence de processus psychiques inconscients ou, si vous aimez mieux, de la nécessité d’admettre l’existence de ces processus.