CNRS – LA PSYCHANALYSE (extrait d’entretiens / 1)

CNRS – Extraits d’entretiens avec Daniel Friedmann – 1983

André Green

 » C’est certainement un désavantage de se rendre comte que, on ne peut pas expliquer à quelqu’un ce qu’est l’analyse autrement qu’en le mettant dans la situation analytique. Alors, je sais bien qu’on dira « mais alors, qu’est-ce-que ça veut dire ?, c’est une conversion religieuse ? « . Ça c’est une réponse qu’on s’attend à recevoir. Je comprends qu’on la donne mais je dirais que nous n’y pouvons rien. C’est-à-dire qu’il y a des conditions qui sont spécifiques à la réalisation d’une expérience et qui mettent en évidence un certain nombre de phénomènes qui n’apparaissent pas autrement ou qui ne sont pas observables autrement ou dont on ne peut pas faire l’expérience si on ne se met pas dans la condition nécessaire à cela.

LA DÉFAITE DU SUJET

La société dépressive

La défaite du sujet

La souffrance psychique se manifeste aujourd’hui sous la forme de la dépression. Atteint dans son corps et son âme par cet étrange syndrome où se mêlent tristesse et apathie, recherche identitaire et culte de soi-même, l’homme dépressif ne croit plus à la validité d’aucune thérapie. Et pourtant, avant de rejeter tous les traitements, il cherche désespérément à vaincre le vide de son désir. Aussi passe-t-il de la psychanalyse (tant est qu’il soit possible de parler de psychanalyse lorsque l’on ne s’y attèle pas corps et âme) à la psychopharmacologie et de la psychothérapie à l’homéopathie sans prendre le temps de réfléchir à l’origine de son malheur (la mode est même au « surtout pas! » et autre « ça ne sert à rien ». La belle affaire). Il n’a du reste plus le temps de rien à mesure que s’allongent le temps de la vie et celui des loisirs, le temps du chômage et le temps de l’ennui. L’individu dépressif souffre d’autant plus des libertés acquises qu’il n’en sait plus l’usage.

AUSSI, JE VOUS AIME BIEN.

Qu’est-ce que la psychanalyse ? Que peut-elle apporter à celui qui s’y engage ? Ce livre n’est pas une réponse à ces questions, c’est une plongée au sein de l’inconscient et des rapports que le psychanalyste entretient avec lui. Chaque semaine, depuis des années, Conrad Stein parle aux participants d’un séminaire de psychanalyse. un jour il éprouve le désir de leur écrire une lettre, qui sera suivie de cinq autres. Pourquoi ce passage de la parole à l’écriture ? C’est ainsi, explique-t-il, « je vous parle comme à mon psychanalyste ». Ce retournement de situation, de l’enseignant vis-à-vis de ceux qu’il enseigne, du psychanalyste qui se met en position d’analysant vis-à-vis de son auditoire, répond à une nécessité intérieure. Il s’agit de « faire part de la pensée qui s’est présentée à moi, non pas comme une trouvaille… mais comme quelque chose de nouveau qui est moi. Comme poésie. » Ainsi l’écriture prend-elle naturellement le relais du silence – dont elle est d’ailleurs entourée – et de la parole du psychanalyste, pour exprimer la dimension de l’inconscient, sa surprenante nouveauté, son mouvement toujours naissant, toujours à naître. A la fin d’une séance, un patient dit à l’auteur : Aussi, je vous aime bien. Ce patient le tutoie d’habitude. Le « vous » de la lettre s’adresse donc à ceux qui l’ont lue. A ceux qui liront ce livre où se dévoilent à la fois une pensée, une pratique et un amour.

FAIRE PAYER

On sait que pour qu’une analyse ait des effets il faut que la personne qui est en analyse ne soit pas inféodée elle-même à une institution protectrice, ie qu’elle y mette du sien, qu’il y ait un risque et que ce soit payé par elle. C’est à dire peu importe le prix, l’important c’est que ce ne soit pas pris en charge par quelqu’un d’autre.

UN SEUL MOT VOUS MANQUE ET TOUT EST …

Enclenché ?

 

Je reviens aux relations que la vie enfantine entretient avec l’entourage ; et, à ce propos, je voudrais vous exhorter à ne pas oublier qu’aucun être humain n’a l’âge de ses années, qu’il reste, jusqu’à la fin de sa vie, enfant, petite fille, petit garçon. Il n’y a pas de passé, on ne surmonte jamais la période de l’enfant et on est dépendant de ses expériences enfantines.

( … )

Je me sens l’obligation, cette fois, d’aborder quelque chose que j’aurais déjà dû faire depuis longtemps : l’association des mots. J’ai déjà relevé la dernière fois que les difficultés dans la lecture reposent sur le fait qu’on tombe sur un mot donné dans une page, un mot qu’on saute apparemment mais qui entraîne une association et qui empêche que l’attention du lecteur reste attachée à la page. Son oeil reste attaché à la page, mais l’impulsion intérieure le contraint à s’abandonner à un autre cheminement de pensée

L’ESPRIT DU MOT WITZ …

La relation du mot d’esprit au rêve et à l’inconscient

[ … ] De la comparaison qu’on établit entre le contenu manifeste du rêve qui se trouve remémoré et les pensées latentes du rêve qu’on a découvertes de cette manière, résulte le concept de “travail du rêve”. Par le terme de travail du rêve, on désignera la somme totale des processus de transformation qui ont opéré le passage des pensées latentes du rêve au rêve manifeste. Ainsi donc, c’est au travail du rêve que s’attache le sentiment d’étrangeté que le rêve avait suscité auparavant en nous.

DÉCOMPLÉTUDE, UNE CONDITION SINE QUA NON

[ … ] N’oublions pas que le sujet attend de l’Autre, de ce grand Autre où se tient pour nous ce qui fait la maîtrise, où s’exerce pour nous tout ce qui est de l’ordre de la maîtrise, n’oublions pas que le Sujet attend de l’Autre le message qui lui fait savoir ce que lui Sujet, désire, puisqu’à défaut de ce message il risquerait de se trouver encore plus égaré, que je ne viens de l’évoquer, c’est-à-dire livré à l’angoisse.

 

Il y a là je crois, une interrogation qui vaut pour nous, de nous demander comment il se fait que le sujet soit à ce point encombré par son ex-sistence, de telle sorte qu’il veuille à tout prix la remettre à celui qui voudrait bien la prendre en charge, la remettre à un Autre, voire éventuellement le premier Autre susceptible d’en assurer la fonction. Comment cela se fait-il ?

COLETTE SOLER, L’OBJET a

« L’objet a, ses usages »

[ … ] Un pas de plus : l’objet a c’est ce qui manque, et tout ce qui ne manque pas, pour cause de discours, cherche à faire oublier. Dans le discours commun, dit discours du maître où le S1 ordonne la réalité aussi bien psychique que commune, le sujet est un sujet complété qui ne pense pas son manque, car le discours s’emploie au comblement de la béance. Sans cette opération de comblement, on ne comprendrait pas que l’universel de la castration ait pu être méconnu si massivement jusqu’à la psychanalyse. Et pas non plus que certains auteurs contemporains, pas plus bêtes que d’autres, brocardent le manque et tout au contraire croient être modernes en soutenant que désormais nous sommes dans ce qu’un film appelle The Land of plenty. Voyez un Sloterdijk et quelques autres dans la psychanalyse.

LA CENSURE ET LE RÊVE

Le rôle de la censure dans le rêve

Pour Freud, le motif principal de la déformation du rêve provient de la censure. Il rappelle qu’il s’agit d’une instance particulière, située à la frontière entre conscient et inconscient, qui laisse passer uniquement ce qui lui est agréable et retient le reste : ce qui se trouve alors écarté par la censure se trouve à l’état de refoulement et constitue le refoulé. Dans certains états comme le sommeil, la censure subit un relâchement, de sorte que le refoulé peut surgir dans la conscience sous forme de rêve. Mais comme la censure n’est pas totalement supprimée, même dans le rêve, le refoulé devra subir des modifications pour ne pas heurter la censure, ce qui conduit à la formation de compromis. Le processus de refoulement, suivi d’un relâchement de la censure et de la formation de compromis, n’est pas particulier au rêve, il se produit dans un grand nombre de situations psychopathologiques où l’on retrouve l’action de la condensation et du déplacement.

Par ailleurs, du fait de l’irruption des désirs inconscients non censurés qui peuvent réveiller le dormeur, il s’ensuit qu’un rêve réussi constitue aussi un accomplissement du désir de dormir. C’est pourquoi Freud considère que la fonction du rêve est aussi celle d’être le gardien du sommeil : “ Le rêve est le gardien du sommeil, et non son perturbateur.”