
Extractions
174, L.I. (…)
C’est vrai, je n’ai pas dormi, mais je me sens mieux ainsi, quand je n’ai pas dormi du tout et ne dors pas non plus. Je suis vraiment moi dans cette éternité fortuite, symbolique de cet état de demi-âme où je m’abuse moi-même. Des gens me regardent avec l’air de me reconnaître, mais semblent me trouver bizarre. Je sens que je les regarde aussi, avec des orbites sensibles sous mes paupières qui les frôlent, et je ne veux surtout rien savoir du monde.
J’ai sommeil, tellement sommeil, le sommeil tout entier !
213, L.I.
Tout m’échappe et s’évapore. Ma vie entière, mes souvenirs, mon imagination et son contenu, ma personnalité enfin – tout m’échappe, tout s’évapore. Sans cesse je sens que j’ai été autre, que j’ai ressenti autre, que j’ai pensé autre. Ce à quoi j’assiste, c’est à un spectacle monté dans un autre décor. Et c’est à moi-même que j’assiste. (…) Il y a dans tout cela un mystère qui m’amoindrit et m’oppresse. (…) De qui donc, mon Dieu, suis-je ainsi spectateur ? Combien suis-je ? Qui est moi ? Qu’est-ce donc que cet intervalle entre moi-même et moi ?